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Enki Bilal, illustration du CD ROUTEMANSET
Gérard Manset   89
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1. 2870  
2. A qui n'a pas aimé  
3. Ailleurs  
4. Amis  
5. Animal on est mal  
6. Attends que le temps te vide  
7. Avant l'exil  
8. Banlieue nord  
9. C'est un parc  
10. Celui qui marche devant  
11. Chambres d'Asie  
12. Cheval cheval  
13. Comme un guerrier  
14. Deux pigeons  
15. Deux voiles blanches  
16. Donne-moi  
17. Elégie funèbre  
18. Entrez dans le rêve  
19. Est-ce ainsi que les hommes meurent ?  
20. Et l'or de leur corps  
21. Face aux objets  
22. Filles des jardins  
23. Finir pêcheur  
24. Golgotha  
25. Il faut toujours se dire adieu  
26. Il rentre à huit heures du soir  
27. Il voyage en solitaire  
28. Ils  

 

 

29. Je suis Dieu  
30. Jeanne  
31. Jésus  
32. L'arc-en-ciel  
33. L'enfant qui vole  
34. L'épée de lumière  
35. L'oiseau de paradis  
36. L'une et l'autre  
37. La ballade des équinodermes  
38. La dernière symphonie  
39. La femme-fusée  
40. La liberté  
41. La mer n'a pas cessé de descendre  
42. La mer rouge  
43. La mort d'Orion  
44. La neige est blanche  
45. La pie noire  
46. La route de terre  
47. La terre endormie  
48. La toile du maître  
49. La vallée de la paix  
50. Le jour où tu voudras partir  
51. Le lieu désiré  
52. Le masque sur le mur  
53. Le moment d'être heureux  
54. Le paradis terrestre  
55. Le pont  
56. Les enfants des tours  
57. Les îles de la Sonde  
58. Les vases bleues  
59. Long long chemin  
60. Lumières  
61. Manteau rouge  
62. Marchand de rêves  
63. Maubert  
64. Mauvais Karma  
65. Mon amour  
66. Ne change pas  
67. On ne tue pas son prochain  
68. Paradis  
69. Pas mal de journées sont passées  
70. Pour un joueur de guitare  
71. Prisonnier de l'inutile  
72. Quand le jour se lève  
73. Quand les jours se suivent  
74. Quand tu portes  
75. Que deviens-tu ?  
76. Revivre  
77. Rien à raconter  
78. Rouge-Gorge  
79. Royaume de Siam  
80. Solitude des latitudes  
81. Territoire de l'Inini  
82. Ton âme heureuse  
83. Toujours ensemble  
84. Tu t'en vas  
85. Un homme une femme  
86. Un jour, être pauvre  
87. Vies monotones  
88. Vivent les hommes  
89. Y'a une route  

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2870          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1978
            
 
Rien qu'un enfant triste
Qui sait qu'il existe,
Un navire ancré dans le ciel
Qui vit dans l'ombre du soleil,
Une table mise au centre d'une vie nouvelle.

Un jardin désert,
Une ville en verre
Qu'elle lui couvre les épaules,
A cheval sur un tas de tôles,
Qu'elle soit pour lui, la vue, la vie et la parole.

Un escalier vide.
Son sang se vide.
Dans une cage on le glisse.
Les murs sont blancs, les murs sont lisses.
Qu'il ferme les yeux, qu'il meure en l'année
Deux mille huit cent soixante .

Rien qu'un enfant triste
Qui sait qu'il existe,
Un navire ancré dans le ciel
Qui vit dans l'ombre du soleil,
Qui n'entendra jamais l'appel
De vie, de mort ou de détresse.

Une tour immense,
Le froid, le silence,
Des cris de haine et de vengeance,
Le navire qui se balance,
Un million d'années lumière plus loin
Qu'un enfant triste sans défense.

Rien qu'un enfant triste
Tombé sur la piste
Qui mène en haut de l'édifice,
La peau tendue, le ventre lisse,
Qu'il ferme les yeux, qu'il meure en l'année
Deux mille huit cent soixante .

 


A qui n'a pas aimé          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1994
            
 
A qui n'a pas connu l'amour,
N'a pas aimé,
A qui n'a pas touché
Ses lèvres embaumées,
N'a pas senti sur lui
Son regard lourd,
Ses yeux de maladie,
De fièvre désarmée.

A qui n'a pas touché du doigt
La plaie profonde,
La déchirure de l'être aimé
Que tout inonde,
L'or qu'est devenu
Sans qu'on l'ai voulu
Le quotidien des choses
De la banalité,

Comme une plante arrachée
A la terre, au fumier,
Comme une main
Qu'on a lâchée

Mais c'est sans doute là-haut,
Dans la félicité,
Que ceux là seront atteints
De cécité
Et réunis sans devoir se cacher,
Aveugles sur le monde
Et sur sa cruauté

Comme une fleur arrachée
A la terre, au fumier,
Comme une main
Qu'on a lâchée.

A qui n'a pas subi sur lui
Cette caresse,
A qui n'a pas touché du doigt
Cette herbe épaisse
Qui frissonne et se courbe
Comme avant
Mais ces trous sont ses yeux
Par où passe le vent

Et tout ceci finit par m'être indifférent.
Peut-être disparaître
Dans le pli du néant,
D'avoir été ensemble,
De n'être plus
Que ce qui dans les larmes
Et dans l'eau se dilue

Comme une plante arrachée
A la terre, au fumier
Qui par sa tige reste attachée
Et ne peut ni grandir ni périr ni passer,
Simplement dépérir,
A qui n'a pas aimé.

 
     



Ailleurs          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1976
            
 
Ailleurs, ailleurs,
Ailleurs, on croit, le monde est meilleur
Et rien ne fait peur,
Rien ne fait peur.
Ailleurs, on croit, le monde est meilleur, meilleur,
Ailleurs, on croit, le monde est bien meilleur.
Y a pas de vélomoteurs.
On se lève de bonne heure.
On est de bonne humeur.
On vit, on meurt
Et personne ne pleure.
On fait des colliers de fleurs
Et les enfants chantent en chœur.

Ailleurs, ailleurs,
Ailleurs, on croit, le monde est meilleur
Et rien ne fait peur,
Rien ne fait peur.
Ailleurs, on croit, le monde est meilleur, meilleur.
Ailleurs, on croit, le monde est bien meilleur.
Y a pas de détracteurs,
Pas d'objets de valeur,
De cambrioleurs.
On vit, on meurt
Et personne ne pleure.
On fait des colliers de fleurs
Et les enfants chantent en chœur.

Ailleurs, ailleurs,
Ailleurs, on croit, le monde est meilleur
Et rien ne fait peur,
Rien ne fait peur.
Ailleurs, on croit, le monde est meilleur, meilleur.
Ailleurs, on croit, le monde est bien meilleur.
On parle avec les pêcheurs
De coquillages et de fleurs,
De poissons de couleur.
Les enfants jouent pendant des heures
Mais aucun ne pleure.
Y a ni vaincus ni vainqueurs
Et tout le monde chante...

 
     



Amis          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1978
            
 
Amis
Qui tournez la tête
Sans savoir
Ou peut-être
Sans y croire,

Amis,
Plus jamais peut-être
Nous n'aurons.
Dimanches et fêtes
S'en iront.

Amis
Qui tournez la tête,
Dites-moi :
Où peut-elle être ?

Ici
C'est le temps qui s'arrête
Comme un oiseau sans tête,
Comme un oiseau sans tête.

Amis
Qui l'avez trouvée
En train de pleurer,
Assise,
Qui l'avez prise,

Amis,
Vous aurez peut-être,
Demain,
Un oiseau sans tête
Dans la main.

Amis,
A quoi sert d'aimer
S'il faut le dire,
Le répéter,
S'il faut l'écrire ?

Amis,
A quoi sert d'aimer
S'il faut le dire,
Le répéter,
S'il faut l'écrire ?

 
     



Animal on est mal          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
Animal, on est mal
On a le dos couvert d'écailles
On sent la paille
Dans la faille
Et quand on ouvre la porte
Un armée de cloportes
Vous repousse en criant :
" Ici, pas de serpent ! "

Animal, on est mal.
Animal, on est mal.
Animal, on est mal.

On a deux cornes placées
Sur le devant du nez.
On s'abaisse.
On s'affaisse.
On a la queue qui frise.
On a la peau épaisse.
On a la peau grise
Et quand on veut sortir
Avec une demoiselle,
On l'invite à dîner.
Quand elle vous voit,
Que dit-elle ?
" Il ne vous manque qu'une bosse.
Vade retro, rhinocéros ! "

Animal, on est mal
Animal, on est mal
Animal, on est mal

On assiste à l'opération de la girafe.
La voilà qui se retrouve le cou plein d'agrafes.
Elle appelle au secours
On veut lui mettre un pantalon
Mais il est trop court

Animal, on est mal

On pond ses œufs dans le sable
Et quand on passe à table
Les chevaux-vapeurs
On pris peur
De se retrouver loin de leur étable.

Animal, on est mal
Animal, on est mal
Animal, on est mal

Et si on ne se conduit pas bien
On revivra peut-être dans un peau d'un humain

Animal, on est mal
Animal, on est mal
Et Dieu reconnaîtra les siens...

 
     



Attends que le temps te vide          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1974
            
 
Attends
Que le temps te vide
Comme un œuf.
Sors de ta coquille
Comme un chien
Dans un jeu de quilles.
Oublie d'où tu viens.

Le fer ou la grille,
Le bâtiment neuf
Comme une arme brille
Dans ta main.
Sur le mur humide,
Trace
Ton chemin

Mais n'oublie pas
Que le temps te changera.
Non, n'oublie pas
Que le temps...

Attends
Que la vie t'ait prise
Dans sa main,
Que ton poing se brise
Contre le sien.
L'habitude est prise.
On sait d'où tu viens

Mais le fer ou la grille,
C'est la porte qui s'ouvre enfin,
L'ombre d'une fille
Qui court le long d'un train.
Dans ce jeu de quilles,
On te tire,
On te tient

Mais n'oublie pas
Que le temps te changera.
Non, n'oublie pas
Que le temps...
Dans ce jeu de quilles
On te tire...

 
    



Avant l'exil          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1989
            
 
Juste avant l'exil,
Juste avant l'exil,
On pose un dernier regard sur sa ville,
Les colliers de fleurs que les hommes enfilent
Et plus loin, sur le bord du quai,
Le secret que personne ne sait,
C'est qu'on est né ici
Et qu'on sait ce qu'on va laisser,
Alors on reste assis
Juste avant l'exil.
Ça semblait facile
De tout quitter.
On était le loup sans son collier,
L'arbre sans son espalier

Mais quand le sable a quitté le sablier,
Que le marbre et la pierre se sont brisés,
Que le chêne a fini quand même par retomber,
On se retrouve comme on est né
A nouveau dans un monde damnés,
A nouveau dans un monde damnés,
Sans rien ni personne pour nous aider.

Juste avant l'exil,
Juste avant l'exil,
Avant le dernier regard sur la ville,
Dans le bruit des trains qui défilent
Et là-bas, sur le bord du quai,
Comme la flamme d'un briquet,
Dans une main qui tremble,
Ce visage, on le connaît :
Il nous ressemble.
Juste avant l'exil,
Que cherche-t-il vers l'horizon ?
Le dessein dans la forme d'une maison
Ou peut-être la guérison.

 
     



Banlieue nord          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1989
            
 
On passe au bord d'une grande cheminée
De brique et de pierre.
La pluie la neige se sont mises à tomber
Sur les manteaux d'hiver.
Plus moyen de voir autre chose que la misère
Dans cette ville de hasard et de parkings déserts.
Les enfants des îles qui dansent sous la lumière,
Sous la grande lumière
Des parkings déserts,
Où
Reviennent
Traîner le long des épaves
Les chevelures sans foulard
Dans filles grandies trop tard
Qui s'endorment sur le sol,
Dans les caves, les entresols,
Revivant toujours l'histoire
Prises par les gamins du square.

{Refrain:}
Mon dieu, montrez-vous quand même,
Le jour des communions, des baptêmes.
Bénissez les robes blanches
Que les souillures un jour balayeront
Comme une avalanche.

On passe au pied d'une grande tour carrée
Avec ses miradors.
La pluie, la neige se sont mises à tomber.
On y pense encore.
C'est là qu'on a vécu et, de toute manière,
Les enfants des îles étaient tous nos frères
Et qu'on le veuille ou non, on n'peux plus s'en défaire,
Sous la grande lumière
Des parkings déserts
Où
Reviennent,
Comme des chats tombés d'une gouttière,
Les visages tristes et sans paupières
Des enfants qui jettent des pierres.

{au Refrain}

Et la nuit, dans les draps,
La seule chose qu'on n'veux pas
Et qu'on craigne encore,
Mais qui nous glace d'effroi,
C'est banlieue nord.
On a beau tout faire,
Quand on remue la terre
Et ça bouge encore.
C'était banlieue nord
Et ça saigne encore.

 
     



C'est un parc          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1975
            
 
C'est un parc où vont les bêtes
Et l'eau leur coule sur la tête.
Au milieu, des chevaux légers.
Les animaux sont mélangés.

C'est un piège où tomberont
Nos enfants quand ils grandiront
Et quand le chasseur s'en ira
Sur une civière, on dira :

C'est un parc où vont les bêtes
Et quelqu'un s'en souvient peut-être.
Les fruits trop murs, les arbres creux,
C'était le verger du Bon Dieu.

C'est un parc où vont les bêtes
Et l'eau leur coule sur la tête.
Au milieu, des chevaux sauvages.
Chacun se cabre sous l'orage.

C'est un piège où tombera
Le loup, le chien, l'homme et le rat
Et quand quand les chasseurs s'en iront
A genoux, nous leur chanterons :

C'est un parc où vont les bêtes
Et quelqu'un s'en souvient peut-être.
Les fruits trop murs, les arbres creux,
C'était le verger du Bon Dieu.

 
     



Celui qui marche devant          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1972
            
 
Celui qui marche devant,
Tu le connais depuis longtemps.
Tu le vois de dos et dedans.
Il chante dans le mauvais temps
Et ça n'est pas toi qui l'entends.
Ça n'est jamais le bon moment.
Il poussait ses amis jadis.
Il n'est plus rien, le sol est lisse,
La route noire comme un réglisse.
Les arbres témoins d'autrefois
Lui font de leurs cheveux de bois,
Le soleil et l'ombre à la fois.
Tu ne l'aimes plus beaucoup
Mais tu le suivras jusqu'au bout.

Souviens-toi, quand tu l'as connu,
Que si souvent vous alliez nus.
Vois ce qu'il est devenu.
C'est toi qui traînes la valise
Des années que tu y as mises.
Le temps sur toi n'a plus de prise.
Il reste le cuir et la peau,
La veste, le manteau
Que tu lui mettais sur le dos.
Ferme les yeux, repenses-y.
Que ton cœur fasse mal aussi
Comme le sien d'en être ici.
Tu ne l'aimes plus beaucoup
Mais tu le suivras jusqu'au bout
Des souvenirs
Jusqu'au bout,
Jusqu'au bout.

Celui qui marche devant,
Tu le connais depuis longtemps.
Celui qui marche devant,
Tu le connais depuis longtemps.
Celui qui marche devant,
Tu le connais depuis longtemps.
Celui qui marche devant,
Tu le connais depuis longtemps.

 
     



Chambres d'Asie          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1985
            
 
Chevelures des fenêtres fermées des chambres d'Asie,
Papier des murs des chambres des hôtels moisis,
Chevelures des rideaux déchirés, des néons tristes
Et plus rien d'autre pour te prouver que tu existes.

Chevelures des fenêtres fermées des chambres d'Asie,
Papier des murs des chambres des hôtels moisis,
Chevelure immobile et chaude des longues nuits,
Draps mouillés de tous les cris des odeurs du temps qui fuit.

Chambres d'Asie, retournes-y, la nuit le jour,
Murs moisis, peau de velours.

Chevelures des fenêtres fermées des chambres d'Asie,
Papier des murs des chambres des hôtels moisis,
Chevelure immobile et chaude des longues nuits,
Draps mouillés de tous les cris des odeurs du temps qui fuit.

Chevelure des rideaux tirés des fenêtres closes,
Reflet dans les murs, des corps qui reposent,
Bruit des clés des verrous des barreaux des portes de fer
Et couloir allumé le jour et la nuit comme en en enfer,

Comme en enfer, mais comment faire, retournes-y quand même,
Murs moisis, ou l'on te dit qu'on t'aime.

Chevelures des fenêtres fermées des chambres d'Asie,
Papier des murs des chambres des hôtels moisis,
Souvenir inutile et triste des longues nuits
Et mordre dans les draps des chambres d'Asie
Comme on mord dans un fruit.

Chambres d'Asie, retournes-y, un jour ou l'autre,
Emmènes-y la peau d'un autre.

 
     



Cheval cheval          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1976
            
 
Cheval d'hier
Avec tes yeux verts,
Cheval d'un soir
Avec tes yeux noirs,
Cheval, cheval
Pour ce que les hommes valent.
Cheval, cheval,
Chevaux, chevaux,
Evite-le bien, ce lasso.
Ta crinière, tes yeux de veau,
Le grand dessin de ton manteau,
La fumée sort de tes naseaux.
Cheval, cheval,
Chevaux, chevaux,
Evite-le bien, ce lasso.
Quelqu'un derrière un rideau
T'a vu passer, pris dans ton dos.
Cheval, cheval,
Chevaux, chevaux.

A côté d'un cheval, qui de nous
Peut vivre un seul instant sans se rompre le cou ?
A côté d'un cheval, qui de nous
Peut vivre quand quelqu'un le tient par le cou ?
Non, non, non,
Non, non, non, non,
Non,
Non, non, non, non,
Non, non,
Non, non, non, non, non, non, non...

A côté d'un cheval qui tombe à genoux,
Tu verras qu'il se tient beaucoup mieux que nous.
A côté d'un cheval qui comprend tout,
Tu peux monter dessus, tu peux monter dessous.
Non, non, non,
Non, non, non, non,
Non, non,
Non, non, non, non,
Non, non,
Non, non, non, non, non, non, non...

Non, non, non, non, non, non, non...

A côté d'un cheval, qui de nous
Peut vivre un seul instant sans se rompre le cou ?
A côté d'un cheval, qui de nous
Peut vivre quand quelqu'un le tient par le cou ?
Non, non, non,
Non, non, non, non,
Non, non,
Non, non, non, non,
Non, non,
Non, non, non, non, non, non, non...

 
     



Comme un guerrier          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1982
            
 
Comme un guerrier
Qui perd son bras,
Son œil au combat,
A chercher le choc,
Fendre le roc
Comme un guerrier qui tombe.

Un pied dans la tombe,
On se fait mal
Et sifflent les balles,
Le vent, la mitraille,
Le pont, les rails.
Dessous la rivière
Rapide et fière
Rapide et fière.

Une barque t'attend
Et l'indienne est dedans
Avec ses cheveux noirs,
Ses dents d'ivoire.
On a rien à se dire.
Ensemble, on va fuir,
Ensemble, on va fuir.

Comme un guerrier,
Le crâne bandé,
Qu'a plus qu'une heure à vivre
Sur la toile du sac,
Quand la fièvre monte
Au fond du hamac,
C'est comme un guerrier qui raconte sa vie.

Nous prendrons nos fusils,
Marcherons sur l'Asie
Afin de voir s'ils sont heureux,
Afin de voir s'ils sont heureux.

Comme un guerrier,
Condamné, condamné,
Le crâne rasé,
Sous la pluie, l'averse,
Y a le pont qui traverse.
Dessous la rivière,
Rapide et fière.

La barque t'attend
Et l'indienne est dedans
Avec les fusils,
De la poudre et du plomb.
Et y a le garçon blond
Qu'on traîne avec soi
Malgré ses cheveux de soie.

Nous prendrons nos fusils.
Nous savons nous battre aussi
Afin de voir s'ils sont heureux,
Afin de voir s'ils sont heureux.

Comme un guerrier
Qui perd son bras,
Son œil au combat
Mais quand tu t'éveilles,
Que tu vois la bouteille,
La lampe brisée
Sous la moustiquaire,

Alors, t'as perdu la guerre
Et l'indienne est partie.
Elle a jamais vu la mer.
Tu lui avais promis.
Elle en a marre de la misère.
Elle voulait voir les lumières de la ville.
Elle voulait voir les lumières de la ville.

Comme un guerrier
Condamné, condamné,
Avec son œil de verre
Mangé par les vers,
Percé de flèches empoisonnées,
Condamné, condamné,
Avec les ailes brisées.

Tu resteras seul
Avec des mouches plein la gueule,
Les semelles collées
Tu sentiras dans ton dos
Glisser les anneaux
Du serpent froid
Ce s'ra la dernière fois.

Sur la grande rivière,
Le paradis sur la Terre.
T'as l'indienne qui court,
Qui hurle à l'amour,
Aux pierres aux ronces,
Et qu'a pas de réponse,
Et qu'a pas de réponse.

Alors, tu te sens si vieux,
La main devant les yeux.
Le mal te guette
Et ce soir peut-être,
Sous le million d'étoiles,
A pleurer sur le sac de toile,
A pleurer sur le sac de toile.

 
     



Deux pigeons          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1994
            
 
Tous les grands serments sont ainsi.
Un jour de soleil, un jour pluie,
Dans le vent, s'en iront aussi,
Dans le vent, s'en iront aussi.

Deux pigeons s'aimaient d'un amour tendre.
La trahison peut-elle attendre,
La trahison et le coup bas ?
Y a-t-il un bonheur ici-bas ?

La trahison et le verglas
Toujours l'hiver sonne le glas
Des amours fragiles ou secrètes
Que le monde en son sein secrète.

Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre
Mais le filet peut bien se tendre,
Tout est gibier qu'on plumera.
Y a-t-il un bonheur ici-bas ?

 
     



Deux voiles blanches          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1985
            
 
Et l'aube amène la pluie, la brume.
Dans l'eau du port brille la lune.
Un sac posé sur une dune
Et dans les tasses, le café fume.
Oublie les folies, les rancunes.
La mer est remplie d'algues brunes.
Avec le temps les gestes meurent
Et rien ne reste, rien ne demeure.
La femme, la fille, le garçon pleurent.
Il va s'en aller tout à l'heure...

Y aura toujours deux voiles blanches
Sur la mer,
Quelque part, n'importe où,
A l'autre bout de la terre.
Y aura toujours deux voiles blanches,
Voiles rondes...

Et l'aube amène la pluie, la brume.
Les hommes ont les cheveux qui fument
Comme des chevaux couverts d'écume.
La mer est chargée d'algues brunes.
Ouvre les fenêtres une à une
Au comptoir du café des dunes.
Avec le temps les gestes meurent.
Y a plus de soleil, y a plus de couleurs.
La femme, la fille, le garçon pleurent.
Il va s'en aller tout à l'heure...

Y aura toujours deux voiles blanches
Sur la mer,
Quelque part, n'importe où,
A l'autre bout de la terre.
Y aura toujours deux voiles blanches,
Voiles rondes...
Quelque part à l'horizon,
A l'autre bout du monde...

 
     



Donne-moi          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1972
            
 
Donne-moi la préférence,
Que mon cortège enfin s'avance
Qui vient te prendre
Le vont descendre
Tout l'équipage
De rois, de pages.

Donne-moi la préférence.
Ils seront tes amis d'enfance
Et tous les jours,
Tes gens de cour
Et tous les ans
Tes courtisans.

Donne-moi la préférence
Et tu deviendras reine de mon existence
Et le monde aura tout donné
Pour te garder
Aussi longtemps que tu seras celle dont j'ai rêvé.
Laisse-moi te répéter
Que comme on prie dans une chapelle,
Tu as compris que si je t'appelle,
C'est pour la vie,
C'est pour la vie.

Donne-moi la préférence.
Viens vivre au creux des bras immenses
Des ailes noires
De mon manoir,
Au pied des joncs
De mon donjon.

Donne-moi la préférence.
Nous prendrons les chemins de France
Qui mènent autour
Du pied des tours
Et de l'étang
Où je t'attends.

Donne-moi la préférence.
Nous prendrons les chemins de France
Qui mènent autour
Du pied des tours
Et de l'étang
Où je t'attends.

Donne-moi la préférence.

 
     



Elégie funèbre          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1970
            
 
Couvrez-moi de fleurs s'il le faut.
Laissez venir l'homme à la faux
Et si me coudre les paupières
Au moins ne me riez derrière
Moi.

Laissez me parler à l'oreille
Et faire miel de moi l'abeille
Et dans mon ombre, laissez vivre,
Quand bien même le bateau ivre
Sombre.

Croyez-moi, dans ce monde-ci,
Jamais on ne m'a dit merci.
Où que ce fut, où que ce soit,
Qui que ce fut, qui que ce soit,
S'en fut.

C'est pour ma chair fragile et morte
Que je prie de vous de la sorte
Qu'on ne m'ait pas en terre admis
Sans que l'on y descende aussi...

Que reste ici de mon passé
Dans ce caveau frais repassé
L'habit de noce et le carton
De ma langue et de mon menton
L'os.

L'ongle à peine de désigner
Faisant main comme l'araignée,
Les yeux se taisent et la cornée
Dessous l'arcade cimentée
Pèse.

Couronnez-moi de fleurs mauves
Si voyez que ma vie se sauve
Et des ténèbres ayez raison,
Lirez lumières de l'oraison
Funèbre.

Prenez soin de moi si pouvez,
Faites de vos bouches un ave,
Que Dieu le dépose ou l'apporte
S'il fut seul au pied de ma porte
Close.

Couvrez moi de fleurs s'il le faut.
Laissez venir l'homme à la faux.
Couvrez moi de fleurs s'il le faut...

 
     



Entrez dans le rêve          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1984
            
 
Ramenez le drap sur vos yeux et
Entrez dans le rêve,
Reprendre la vie des autres où on l'a laissée
Quand le jour s'achève,
Voir les couleurs, voir les formes,
Enfin marcher pendant que les autres dorment,
Voir les couleurs, voir les formes.
Les villes sont des villes bordées de nuit
Et peuplées d'animaux qui marchent sans bruit,
Toujours, dans votre dos, la peur vous suit.

Ramenez le drap sous vos yeux et
Entrez dans le rêve.
Allumez l'écran merveilleux
Quand le jour s'achève.
Retrouver l'amour blessé
Au fond du tiroir où on l'avait laissé,
Retrouver l'amour blessé,
Découper le monde à coup de rasoir
Pour voir au cœur du fruit le noyau noir.
La vie n'est pas ce qu'on nous fait croire.
La vie n'est pas la vie.

La vie n'est pas ce qu'on nous fait croire.
Mieux vaut le drap du désespoir
Puisque la vie n'est pas ce qu'on nous fait croire alors
Mieux vaut le drap du désespoir.
Ramenez le drap sur vos yeux.
Allumez l'écran merveilleux,
Quand le jour s'achève.

 
     



Est-ce ainsi que les hommes meurent ?          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1985
            
 
Depuis bien longtemps déjà,
J'ai cessé d'écrire,
Cesser de lever les yeux,
Cessé de relire.
Dans le parc, devant la grille,
Les hommes arrivent
Et juste une trace de pas
Le long des rives,
Juste une trace de pas
Le long des rives.

Depuis bien longtemps,
Je ne dirige plus les musiciens.
Depuis bien longtemps,
Laissé pendu l'habit de magicien
Dans le parc, devant la mer.
Les robes blanches,
Enfants fragiles comme du verre,
Jouent sous les branches,
Enfants fragiles comme du verre,
Jouent sous les branches...

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum, au loin, demeure.

Depuis bien longtemps déjà,
J'ai cessé de vivre,
De toucher du bout des doigts
La tranche des livres.
Dans le parc, devant la rive,
Des bruits étranges,
Bruissements d'ailes, lumières,
Cheveux des anges,
Le bruissements des ailes, les lumières,
Les cheveux des anges...

Depuis bien longtemps déjà,
Le seul souvenir
D'une miette de vie encore
Que je respire,
Dans le parc devant l'allée,
Le vide immense.
Bruits des pas sur le gravier,
De mon enfance,
Les bruit des pas sur le gravier,
Les ombres dansent...

Est-ce ainsi que les hommes meurent ?
Et leur parfum, au loin, demeure,
Et leur parfum, au loin, demeure.

 
     



Et l'or de leur corps          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1985
            
 
L'esprit des morts veille
Et quand tu t'endors
La lampe allumée
Et l'or de leur corps
Le drap grand ouvert
Cascades et rivières
Chevaux sur les plages
Sable sous les pieds
Et lagons bleutés.

L'esprit des morts veille
Qui frappe à la porte
Et toi allongé
Dans ton demi-sommeil,
Et l'or de leur corps
Partout t'accompagne,
Quand glisse le pagne,
Couleur des montagnes
Du sable et de l'eau.

D'où venons-nous,
Que sommes-nous,
Où allons-nous... ?

L'esprit des morts veille,
L'ange aux ailes jaunes
Sur fond de montagne
Et sentier violet,
La femme à la fleur
Quand te maries-tu ?
Dans la grande cabane
Qu'il a fait construire
A Hiva-Oa, là où il mourut...

 
     



Face aux objets          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1994
            
 
Face aux objets qui se brisent,
A la haine, à la méprise,
Le regret n'est-il pas pire
Que le souvenir, l'absence
De toute émotion, tout silence,
Toute forme d'existence
Sur laquelle on n'a pas prise,
Comme un voilier dans la houle,
Un ULM dans la foule,
Comme un objet qu'on déroule,
Le souvenir de l'absence ?

Face aux objets sans importance,
Aux objets qui parlent et qui dansent
Du mensonge à l'indicible,
Face aux choses qui sont la cible
De toutes les formes de silence,
Qui vous critiquent et vous le disent,
Vous reprochent votre existence,
Ne vaut-il pas mieux l'oubli,
Le simple objet que l'on déplie,
Que l'on range dans sa volière
Face aux objets qui sont la cible
De toute forme d'indicible ?

Face aux objets de la misère,
Aux objets qui parlent et qui gèrent
A ce néant qui nous digère,
Ne vaut-il pas mieux la paix
Que toutes ces formes et ces objets
Alignés dans leur tannière,
Qui nous guettent de toute manière ?

Face aux choses qui se répètent,
Dont la destinée serait faite
A portée de nous, l'ignorance
La fin, la déliquescence,
Où tout objet n'a plus de sens,
Ne faut-il qu'on en appelle
A la médiation, l'essence,
Ne faut-il qu'on en appelle
A la médiation, l'essence,
Atteindre à la reconnaissance ?

 
     



Filles des jardins          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1989
            
 
Souviens-toi,
C'était comme ça.
On les suivait
Pas à pas,
Les filles des jardins,
A l'ombre des colonnes,
Loin de tout,
Entourées de femmes et d'hommes
Aux tempes grises,
De femmes et d'hommes.
C'était comme ça.
On les montrait du doigt.
On leur parlait pas.
Les filles des jardins,
Quand elles étaient assises,
Vêtues de voiles, de simples chemises,
Dans l'ombre bleue-grise.

Pourquoi ont-elles changé ?
Le fruit est-il mangé ?
Sommes-nous des étrangers
Qui savent même plus nager,
Rejoindre la rive ombragée ?

C'était comme ça.
Souviens-toi.
Le temps courait
Entre nos doigts.
Les filles des jardins,
Quand on suivait leur jeu,
Jusqu'au soir, sans savoir
Où se posaient leurs yeux
Comme de petits lacs
Ombrageux,
Souviens-toi :
Ça nous brûlait les yeux
Comme du feu,
Dans l'ombre bleue-grise,
Comme du feu,
Dans l'ombre bleue-grise.

 
     



Finir pêcheur          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1984
            
 
Un jour, finir pêcheur
Parce que ça grandit l'homme.
Heureux comme ça,
Pas gagner plus d'argent.
Le matin, me lever,
Pas connu, pas guetté,
Parce que ça fait mal,
Ça fait mal a l'homme,
La célébrité.
Finir dans l'eau salée,
Juste savoir compter,
Vider le sablier
Et puis tout oublier
Parce que ça grandit l'homme,
De vivre sans parler,
Vivre sans paroles
Et d'apprendre à se taire,
Regarder sans voir
Les enfants qui dansent
Au bord du miroir.

Mais c'est toujours trop loin,
Toujours dans le noir,
Inaccessible,
Pareil au cœur de la cible.

Un jour, finir pêcheur,
Que personne s'en souvienne,
L'écrive ou le dise,
Vider sa valise
Et brûler les journaux,
Les tapis, les photos,
Sans rien vouloir apprendre
Pour que les enfants sachent
Qu'on va quelque part
Quand on oublie tout,
Qu'on oublie les coups,
Qu'on déplie, qu'on secoue,
Que la folie s'attrape,
Qu'on déchire la nappe,
Maladie tout à coup
Que tu portes à ton cou
Comme un collier de fleurs,
De larmes et de couleurs.
Un jour, finir pêcheur,
Mollusque divin,
Peau de parchemin.

Mais c'est toujours trop loin,
A portée de la main,
Inaccessible,
Pareil au cœur de la cible.

Un jour, finir pêcheur,
Tuer le mal de l'homme,
Se libérer de tout,
Prendre dans la mer
Les coraux, les vipères,
Et tout ça dans la main,
Sans lumière et sans gaz
Et sans barbe qu'on rase,
Un jour, finir pêcheur,
Avaler le compteur,
Regarder sans voir
Le calendrier
Qui tombe en poussière.
Qu'elle est loin, la terre.
Qu'elle est loin, la terre.
Le calendrier
Qui tombe en poussière.
Qu'elle est loin, la terre.
Qu'elle est loin, la terre.

 
     



Golgotha          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
Ils montent le long de la colline,
Chacun le front couvert d'épines,
Par centaines.
Ils seront payés de leur peine.
Ils viennent
Car c'est la fin de la semaine,
Les riches, les pauvres
Et ceux qui le deviennent.

Où allez vous donc ?
Vous tomberez de haut
Quand vous saurez
Ce qu'il vous faut pleurer.

Les femmes ont les mains
Croisées sur la poitrine,
Croyant encore
A la charité divine.
Par centaines,
Elles seront payées de leur peine.
Elles se nomment toutes Marie-Madeleine.

Où allez vous donc ?
Vous tomberez de haut
Quand vous saurez
Ce qu'il vous faut pleurer.

Dans l'orage et la pluie,
Chaque homme monte en croix
Et chaque femme suit
En refermant les bras,
Par centaines,
En attendant qu'un jour, ils reviennent.

Souvenez vous de ce que disent
Ceux qui s'aiment
Que l'éternelle vie.
On la trouve en soi-même.

Où allez vous donc ?
Vous tomberez de haut
Quand vous saurez
Ce qu'il vous faut pleurer.

Où allez vous donc ?
Vous tomberez de haut
Quand vous saurez
Ce qu'il vous faut pleurer...

 
     



Il faut toujours se dire adieu          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1981
            
 
Il faut toujours se dire adieu
Et devant les jardins déserts,
Se regarder partir,
Ramasser le mouchoir qui tombe à terre
Et tourner le dos.
Il faut toujours se dire adieu,
Remettre son sort entre les mains de Dieu
Parce qu'on sait pas toujours
Quand l'avion se pose
Et qu'on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose
Parce qu'on sait pas toujours
Quand l'avion se pose
Et qu'on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose
Et qu'on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose.

Il faut toujours se dire adieu
Et devant les arbres mouillés,
Se regarder comme on est
Et tourner le dos.
Il faut toujours se dire adieu,
Remettre son sort entre les mains de Dieu
Parce qu'on sait pas toujours
Quand l'avion se pose
Et qu'on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose
Parce qu'on sait pas toujours
Quand l'avion se pose
Et qu'on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose
Et qu'on a peur de perdre
Et peur de rater quelque chose.

Il faut toujours se dire adieu,
Remettre son sort entre les mains de Dieu.
Il faut toujours se dire... adieu.

 
     



Il rentre à huit heures du soir          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
Il rentre à huit heures du soir
Sans même dire au-revoir
A ses amis qui travaillent
Sur le même chantier que lui.

On dit qu'il n'est pas heureux,
Qu'il n'a pas tout ce qu'il veut,
Que quand il prend son dernier train,
En montant dans le wagon, il a faim.

Il y avait l'année dernière,
Au milieu de sa misère,
Une fille qui le voyait souvent,
Une fille.

On dit qu'il n'est pas heureux,
Qu'il n'a pas tout ce qu'il veut
Mais il ne parle que d'elle.
Il dit la vie est cruelle.
Il voyage dans...

Il rentre à huit heures du soir
Sans même dire au revoir
A ses amis qui travaillent
Sur le même chantier que lui.

On dit qu'il n'est pas heureux,
Qu'il n'a pas tout ce qu'il veut,
Que quand il prend son dernier train,
En montant dans le wagon, il a faim.

Il voyage dans les nuages,
Sans regarder le paysage.
La vie passe sur son visage
Et dans ses yeux
Comme une image.

Il rentre à huit heures du soir
Sans même dire au revoir,
Il rentre à huit heures du soir
Sans même dire au revoir,
Il rentre à huit heures du soir
Sans même dire au revoir...

 
     



Il voyage en solitaire          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1975
            
 
Il voyage en solitaire
Et nul ne l'oblige à se taire
Il chante la terre
Il chante la terre
Et c'est une vie sans mystère
Qui se passe de commentaire
Pendant des journées entières
Il chante la terre
Mais il est seul
Un jour
L'amour
L'a quitté, s'en est allé
Faire un tour
D'l'autr' côté
D'une ville où y avait pas de places pour se garer.

Il voyage en solitaire
Et nul ne l'oblige à se taire
Il sait ce qu'il a à faire
Il chante la terre
Il reste le seul volontaire
Et puisqu'il n'a plus rien à faire
Plus fort qu'une armée entière
Il chante la terre
Mais il est seul
Un jour
L'amour
L'a quitté, s'en est allé
Faire un tour
D'l'autr' côté
D'une ville où y avait pas de places pour se garer.

Et voilà le miracle en somme
C'est lorsque sa chanson est bonne
Car c'est pour la joie qu'elle lui donne
Qu'il chante la terre.

 
     



Ils          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1970
            
 
Ils ont le même aspect que nous
Quand nous sommes
A genoux.

Droits comme le temple d'Angkor,
Leur tête
Sur leur corps.

On ne nous aimera jamais
Et si la pluie coule désormais
De nos visages,
Pareil au fond d'un marécage,
Nos idées se libèrent
Et il nous faut tourner la page,
Et il nous faut tourner la page.

Il en est qui viennent au monde
En riant.
Leur dents tombent.

On leur donne la religion
Qui passe
Dans la région.

Si notre ciel est toujours gris
Et si notre ventre est rempli
De pourriture,
Ce n'est pas tant la nourriture
Mais plutôt
L'exemple
De tous les dieux de nos temples,
De tous les dieux de nos temples.

Il en existe deux par an
Qui cherchent
Leurs parents.

On ne nous aimera jamais
Et si la pluie coule désormais
De nos visages...

Si notre ciel est toujours gris
Et si notre ventre est rempli
De pourriture...

On ne nous aimera jamais...
On ne nous aimera jamais...

 
     



Je suis Dieu          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
Je suis Dieu
Et je joue avec des bouchons de liège.
Je suis Dieu.
J'ai dans ma chambre autant de lits que de sièges.

Je suis Dieu
Dans mon cercueil.
Je suis Dieu
Dans mon fauteuil.
Je n'ai pas le moindre souci de la vie.

Je suis Dieu
Et je peux grimper le long des murs.
Je suis Dieu
Mais j'ai mal au pieds dans mes chaussures.

Je suis Dieu
Dans mon cercueil.
Je suis Dieu
Dans mon fauteuil.
Je n'ai pas le moindre souci de la vie.

On m'a dit :
On n'a d'yeux que pour Dieu.
J'en suis heureux.
Je suis Dieu.
C'est odieux
D'être Dieu.
C'est ennuyeux.
Je suis Dieu.

Je suis Dieu.
A l'horizon, j'aperçois un train d'enfer.
Je suis Dieu.
Je m'allonge sur la voie,
La tête en l'air.

Je suis Dieu
Dans mon cercueil.
Je suis Dieu
Dans mon fauteuil.
Je n'ai pas le moindre souci de la vie.

Je suis Dieu.
Si vous me voyez,
Arrêter-vous.
Je suis Dieu
Dans le rue.
Je traverse dans les clous.

Je suis Dieu
Dans mon cercueil.
Je suis Dieu
Dans mon fauteuil.
Je n'ai pas le moindre souci de la vie.

On m'a dit :
On n'a d'yeux que pour Dieu.
J'en suis heureux.
Je suis Dieu.
C'est odieux
D'être Dieu.
C'est ennuyeux.
Je suis Dieu.

Je suis Dieu
Et je joue avec des bouchons de liège.
Je suis Dieu.
J'ai dans ma chambre autant de lits que de sièges.
Je suis Dieu
Et je fais tomber les gens dans des pièges.
Je suis Dieu
Et je joue...

 
     



Jeanne          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1972
            
 
Quand elle revint chez les siens,
Les gens l'attendaient sur le port,
Buvant le vin des musiciens,
Entourés d'hommes et de chiens
Fidèles aux longs cordages
Et qui tenaient debout leurs fusées.

On lui mit autour du cou
La dent du dernier cheval mort
Qu'on avait amené chez nous
Et dont on dit qu'il bouge encore.

En elle-même, au fond du puits
Du temps qui s'est passé depuis
Alors autour des barques folles,
Les flammes rouges montent du sol
Et devant l'évêque des mots.
On parle d'elle à demi-mot.

On dit de Jeanne revenue,
Rendant au ciel sa lame nue
Que chaque démon qu'elle abat,
C'est celui qu'elle avait mis bas
Quand elle revint chez les siens.

Les gens l'attendaient sur le port,
Fumant l'herbe des magiciens,
Jouant sur des violons anciens.
Au creux de leur âme s'envole
La chanson de Jeanne la folle.

On dit que Jeanne est revenue,
Que c'est le démon toute nue
Et devant l'évêque des mots,
On la condamne à demi-mot.

A côté d'eux, la Marne roule
Et, de son écharpe, elle enroule
Magiciens sans cérémonie
Qui montent le creux de son lit.

Alors, tout est bien
Et, de la Marne au Rhin,
Les hommes et les chiens
Tout le long du canal
Suivent Jeanne au bûcher bancal.

Quand elle revint chez les siens
Vivante et tous les autres morts,
Il s'en trouvait peut-être bien
Qui l'attendaient, qui l'aiment encore.

Au fond du puits volent les cendres
Où l'on voit son âme descendre.
On dit que Jeanne reviendra
Portant sa tête dans un drap.

Autour des barques qu'on a mises,
Montera l'eau de la Tamise
Et chanteront les vagues bleues,
Crachant des anges comme il pleut,
Des faux, des fourches et des pieux.

C'est pour le jugement de Dieu
Et chanteront les vagues bleues,
Crachant des anges comme il pleut
Des faux, des fourches et des pieux.

C'est pour le jugement de Dieu
Et chanteront les vagues bleues,
Crachant des anges comme il pleut
Des faux, des fourches et des pieux.
C'est pour le jugement de Dieu.

 
     



Jésus          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1978
            
 
Tu m'as bien compris, Jésus.
La connaissance et l'amour.
Tu m'as bien compris, Jésus.
La connaissance et l'amour.

Tes disciples, je les ai vus.
Y'en a qui courent toujours.
Les mêmes cheveux que Jésus,
Le même habit de velours, lourd, lourd, lourd.
Tu m'as bien compris de travers, de travers.
Avec tes amis,
Vide ton verre,
Vide ton verre.

Tout's celles et tous ceux qui n'ont pas eu
La connaissance et l'amour,
Tu les entendras crier, Jésus.
Serais-tu devenu sourd, sourd, sourd ?

Tu m'as bien compris, Jésus.
La connaissance et l'amour.
T'étais bien d'accord, Jésus.
T'as pas fait grand chose pour, pour, pour.
Tu m'as bien compris de travers, de travers.
Avec tes amis,
Vide ton verre,
Vide ton verre.

Tu m'as bien compris, Jésus.
Ça peut pas durer toujours.
Laisse-toi tomber des nues.
Vide tes poches et cours, cours, cours, cours.

Tes disciples, je les ai vus.
Y'en a qu'appellent au s'cours
Avec la main tendue, Jésus.
T'as pas l' temps d' leur faire un discours.
Tu m'as bien compris de travers, de travers.
Avec tes amis,
Vide ton verre,
Vide ton verre.

Tu comprends tout de travers, de travers,
Tu comprends tout de travers, de travers,
Jésus.

 
     



L'arc-en-ciel          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
Au-dessus d'un précipice,
Une petite fille
Regarde les nuages
Où le vent brille.

Elle a quitté
Sa famille.
Elle a les yeux
Qui brillent.
Le vent semble amoureux
De ses cheveux.

Elle est debout dans le soleil,
Dans la pluie dans le vent sans pareil.
Elle attend depuis si longtemps de voir un arc-en-ciel,
Un arc-en-ciel.

Au milieu d'un champ de blé,
Une petit fille
Ramasse les épis qui sont coupés.
Elle s'amuse à jeter dans le vent
Des brindilles
Qui volent comme un oiseau blessé.

Elle est debout dans le soleil,
Dans la pluie dans le vent sans pareil.
Elle attend depuis si longtemps de voir un arc-en-ciel,
Un arc-en-ciel.

Il est tombé tant de pluie
Qu'elle n'a pas compris
Qu'au fond de l'eau
Brillait le soleil.

Elle est tombée dans le puits
Et l'on trouve depuis
Quelques cheveux blonds
Sur la margelle.

Elle est là-haut,
Dans le ciel,
Dans la pluie dans le vent
Sans pareil.
Elle attend depuis si longtemps
Un arc-en-ciel.

Et l'on m'a dit
Que Dieu l'aimait bien,
Et l'on m'a dit
Qu'Il ne lui refusait rien,
Et l'on m'a dit
Que Dieu l'aimait bien,
Et l'on m'a dit
Qu'Il ne lui refusait rien,
Et l'on m'a dit
Que Dieu l'aimait bien...

 
     



L'enfant qui vole          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1982
            
 
J'ai suivi l'enfant qui vole
Au-dessus de la sciure.
Pour elle, pas d'école,
Pas de chaussures.
Quand les feuilles tombent,
Le cheval s'arrête
Et le nain, triste,
Allume le bord de la piste.

J'ai suivi l'enfant qui vole,
Qui cambre les reins,
Debout dans la camisole,
Le maillot de satin.
Quand le matin vient,
Qu'elle quitte la piste,
Que le nain, triste,
L'emmène.

J'ai suivi l'enfant qui glisse
Au-dessus des visages,
Rêvé de son ventre lisse
Comme un coquillage,
Quand le matin vient
Qu'elle quitte la piste
Que le nain, triste,
L'emmène.

 
     



L'épée de lumière          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1982
            
 
Chanson pour mon manteau,
Ce que je porte sur le dos,
Ce qui me fait rêver,
Sans quoi je ne suis rien.
Chanson pour mon manteau.
Sa vie, c'est pas un cadeau.
Dans les couloirs de métal,
La porte grande ouverte sur le pont de cristal
Et je porte avec moi, sur le côté droit, le crayon,
L'épée de lumière est pointée devant moi, le canon
Et je porte avec moi... le crayon,
L'épée de lumière... le canon
Qui sert aux hommes,
Qui sert aux hommes.

Chanson pour mon manteau,
Ce que je porte sur le dos,
Comme un tank, la tête dans les épaules.
Chanson pour mon manteau.
Sa vie c'est pas toujours drôle
Dans les couloirs de métal.
Aveugle et sourd quand la voix vous parle
Et je porte avec moi, sur le côté droit, le crayon,
L'épée de lumière est pointée devant moi, le canon
Et je porte avec moi... le crayon,
L'épée de lumière... le canon
Qui sert aux hommes,
Qui sert aux hommes,
Qui sert aux hommes,
Qui sert aux hommes.

 
     



L'oiseau de paradis          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1972
            
 
S'il chante, c'est qu'il est deux,
C'est qu'il est heureux
Dans son monde à lui.
Il me l'a dit,
L'oiseau de paradis.
Si tu vas chez lui,
Tu verras qu'il parle peu
Mais demande lui
Qu'il chante mieux.

{Refrain:}
L'oiseau de paradis
Chante toute la nuit
Dans sa cage à demi
Emplie d'eau de vie.
L'oiseau de paradis
Chante toute la nuit,
Fermant sa porte au bruit
Du monde qui l'ennuie.

S'il chante, c'est qu'il est deux,
C'est qu'il est heureux
Dans son monde à lui.
Laisse le lui.
Ne mets pas de l'hui-
-le sur le feu,
Sur son toit de tuiles,
Son carré de ciel bleu
Mais demande lui
Qu'il chante mieux.

{Refrain, ad libitum}

 
     



L'une et l'autre          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
L'une était belle
Comme une perle.
L'autre était pâle
Comme une opale.

Chevelure de lune,
Chevelure brune,
De la seconde,
Chevelure blonde.

Est-ce une idée
Ou bien une réalité ?

Tout me revient en mémoire.
Ce soir plus que jamais,
J'aimerais les revoir.

L'une est la vierge,
Cire d'un cierge,
L'autre une ivoire
En robe noire.

L'une s'avance
D'un pas de danse.
Mains sur les hanches,
L'autre se penche.

Est-ce une idée
Ou bien une réalité ?

Tout me revient en mémoire.
Ce soir plus que jamais,
J'aimerais les revoir.
Tout me revient en mémoire.
Ce soir plus que jamais,
J'aimerais les revoir.
Tout me revient en mémoire.
Ce soir plus que jamais,
J'aimerais les revoir...

 
     



La ballade des équinodermes          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1994
            
 
C'est la fin de ce monde-ci
Et de sa chair en dent de scie,
Tout est profondément perdu.
Sait-on ce que l'on a connu ?
Des singes ou des équinodermes
De cette faim sous notre derme
De cet épilogue frileux,
Plus misérable que galeux.

Que sait-on de ce monde-ci ?
De quoi peut-il être transi,
Sinon de notre opposition
A ce qui naît et nous contraint ?
Voici que continue le train
Où notre place était acquise
Et c'est ainsi que va l'effroi
Entre les banquettes exquises
Et les reliefs d'un buffet froid
Sur une table qui s'enlise.

Que va-t-il arriver
Si notre faim va à l'encontre
De ce qui demeure et qui contre
Et du bijou et de l'écrin
Magnifique enfant de là-bas
Qui fut simulacre et combat ?
Que peux-tu provoquer de plus
Que le chaos, que le trépas,
La mortitude et le méplat ?

C'est la fin de ce monde-ci
Et de sa chair en dent de scie
Tout est profondément perdu.
Sait-on ce que l'on a connu ?
Des singes ou des équinodermes,
De cet enfant sous notre derme,
A qui l'on a touché la joue
Plus misérable que frileux,
Plus molécule que galeux ?

Nous sommes des équinodermes
A la muqueuse qui se ferme
Sur un fond de monde perdu
Et nous nous battrons à mains nues.

Nous sommes des équinodermes
Dont la carapace renferme
Un vin, venin douloureux
Et nous nous battrons d'autant mieux.

C'est la fin de ce monde-ci.
On s'en ira en Italie
Où doit bien être notre lit,
Quelque part sous un pin marin,
Quelque part sous le romarin.
Le marbre est confident du monde
Et ce jour-là, sur notre tombe,
Un oiseau des plus audacieux
Mangera la chair de nos yeux,
Mangera la chair de nos yeux.

 
     



La dernière symphonie          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
Rachitique dans le caveau atomique,
Il écrit sur du papier à musique
Sa dernière symphonie.

La musique,
Goutte à goutte,
Magnifique,
S'écoule du ventre
De la basilique,
La dernière symphonie.

Seul, dit-il,
J'écris ma symphonie
Car je sais que

Au loin le désert,
Plus rien sur la terre,
Des larmes de pierre,
Le monde à l'envers.

On cherche dans la terre.
La nourriture est familière
Et l'on sait que

Au loin le désert,
Le monde à l'envers,
Plus rien sur la terre,
Des larmes de pierre.

La tête la première,
On entre dans la fourmilière
Car on sait que

Là-haut sur la terre,
Au loin, le désert,
Des larmes de pierre,
Le monde à l'envers.

Je cris, dit-il, j'écris
Les derniers instants de ma vie
Car je sais que

Là-haut sur la terre,
Au loin, le désert
Des larmes de pierre,
Le monde à l'envers,
Le monde à l'envers,
Le monde à l'envers...

 
     



La femme-fusée          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
Elle est là
Devant la voiture.
Elle est debout
Grandeur nature.
On monte le long de son dos.
Elle est habillée très comme il faut.
On se presse autour.
On attend son tour.
On voudrait la prendre dans ses bras.
Qui essayera
Se brûlera.
C'est une femme
Tout feu tout flammes.
C'est la femme-fusée
Qui vient de se poser.
Elle a franchi le fossé
Qui le séparait de la terre.
Elle a peut-être posé
Pour un photographe de Jupiter.
C'est la femme-fusée
Qui vient de s'envoler.

Elle est là
Devant la voiture
Et tout autour
Ça sent la friture.
On voit la fumée s'envoler
De ses narines dilatées.
C'est la femme-fusée
Qui fait l'amour
Avec un de ses passagers.
Elle a des tuyères en acier.
De longues flammes rouges
S'en échappent
Et le mazout coule
De son ventre par nappes.

C'est la femme-fusée
Qui vient de s'envoler.
Elle a franchi le fossé
Qui le séparait de la terre.
Elle a peut-être posé
Pour un photographe de Jupiter.
Mais c'est la femme-fusée
Qui vient de se refuser.
Elle emmène son nouveau-né
A la voie lactée.
Elle a disparu dans le ciel
Et tous ses admirateurs sont en éveil
Pour la voir revenir
Dans les siècles à venir,
Pour la voir revenir
Dans les siècles à venir,
Pour la voir revenir
Dans les siècles à venir,
Pour la voir revenir
Dans les siècles à venir,
Pour la voir revenir
Dans les siècles à venir...

 
     



La liberté          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1976
            
 
Quand tout l' monde aura choisi la liberté,
On aura plus besoin de papiers
Pour faire signer les gens, les idées,
Les hommes et les femmes entre eux,
Les hommes jeunes, les hommes vieux,
Les éternels miséreux,
Les malheureux.

Quand tout le monde aura choisi la liberté,
Quand tous les autres se seront écartés... écartés,

Quand tout l' monde aura choisi la liberté,
Quand tu seras toi du bon côté,
N' sois plus jamais debout le dernier.
Les hommes et les femmes non plus,
Les hommes riches et ceux qui n'ont plus rien,
Les éternels miséreux,
Les malheureux.

Quand tout le monde aura choisi la liberté,
Quand tout le reste sera écarté... écarté,
Quand tout le monde aura choisi la liberté,
La liberté,
La liberté.

 
     



La mer n'a pas cessé de descendre          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1976
            
 
La mer n'a pas cessé de descendre.
Après le goût du sel, goût de cendre.
La mer n'a pas cessé de descendre.
Après le feu de joie, c'est la cendre
Et le vent n'a pas cessé de gémir,
La pluie de tomber, le bois de pourrir.
Non le vent n'a pas cessé de gémir
Au lieu de se taire, de s'endormir.

Alors le mal n'a pas cessé de grandir,
La pluie de chanter, le ciel de rire.
J'avais ton cœur à portée de la main,
Toujours le même par le même chemin
Et ton visage sur l'horizon,
Toujours le même à vouloir avoir raison,
Oui le même à vouloir avoir raison.

La mer n'a pas cessé de descendre,
Les yeux de pleurer, les bras de se tendre.
La mer n'a pas cessé de descendre.
Il faut de l'eau pour éteindre la cendre
Et le vent n'a pas cessé de gémir
Dans la gorge de celui qui va mourir.
Non, le vent n'a pas cessé de gémir.
Y a plus rien dans le filet que tu tires.

Alors le mal n'a pas cessé de grandir,
Le jour de tomber, le ciel de noircir.
Maint'nant y a trop d'eau, on ne peut plus revenir.
La mer me pousse, la mer me tire.
Oui, y a trop d'eau entre nous.
L'eau des larmes du collier de ton cou,
L'eau des larmes du collier de ton cou,
L'eau des larmes du collier de ton cou.

La mer n'a pas cessé de descendre.
Après le goût du sel, goût de cendre.
Elle est si loin qu'on ne peut plus l'entendre
Et je commence aujourd'hui à comprendre.
Elle est si loin qu'on ne peut plus l'atteindre
Et tes yeux sur mes yeux vont déteindre,
Et tes yeux sur mes yeux vont déteindre.

 
     



La mer rouge          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1982
            
 
Si tu t' retournes dans ta tombe,
T'entends la monnaie qui tombe.

Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred,
Mon pauvre Henri, mon Fred,
Où tu pêchais les perles de nacre
On trouve des vieux clopes,
Des pneus Dunlop.
Y'en a qui font la Mer Rouge en stop.
Au fond des volcans, plus de lave.
Au fond des barques, plus d'esclaves.
Où tu pêchais les perles roses
Du soir au matin, y a les jets qui s' posent
Au milieu des massifs qu'on arrose.

Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred,
Mon pauvre Henri, mon Fred,
Au fond de l'eau, y a plus rien qui bouge.
Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred,
Mon pauvre Henri, mon Fred,
Où sont les secrets de la Mer Rouge ?
Où sont les secrets de la Mer Rouge ?

Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred,
Mon pauvre Henri, mon Fred,
Où tu pêchais les perles rares,
Des ploucs installent
Leur planche à voile
Pour faire un pique-nique sous les étoiles.

Moi-même, un jour, j'ai voulu
Tout vérifier, j'ai tout vu,
J'ai tout lu,
Parcouru
L'étendue.
J'ai rien reconnu.

Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred,
Mon pauvre Henri, mon Fred,
Où tu pêchais les perles de nacre,
Juste à la même place
Y a un palace
On t' sert ton whisky sur de la glace.

Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred,
Mon pauvre Henri, mon Fred,
Au fond de l'eau, y a plus rien qui bouge.
Mon pauvre Henri, mon vieil Alfred,
Mon pauvre Henri, mon Fred,
Où sont les secrets de la Mer Rouge ?
Où sont les secrets de la Mer Rouge ?

Si tu t' retournes dans ta tombe,
T'entends la monnaie qui tombe.

 
     



La mort d'Orion          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1970
            
 
Où l'horizon prend fin,
Où l'œil de l'homme jamais n'apaisera sa fin,
Au seuil enfin de l'univers,
Sur cet autre revers,
Trouant le ciel de nuit
D'encre et d'ennui
Profond,
Se font et se défont les astres.

Par delà les grands univers
Où les colonies de la terre
Prolifèrent
Et dans la grande nébuleuse noire
Dont, voici dix mille ans, fut l'histoire.

Depuis qu'ils cheminaient par dix et cent de milles
Pour délaisser la terre et ses anciennes villes,
Depuis qu'ils voulaient voir
Ce peuple fou, ailé, la nébuleuse noire,
Depuis donc et déjà tant de siècles passés
Qu'ils avaient délaissé
La terre,
Ce peuple solitaire
S'éprit de ses vestiges
Et voulu en revoir la tige.

Or, pendant que coulaient
Tous ces millions d'années
Sur la planète mère,
Les survivants damnés
Redoraient le parvis
De leur vie,
Cependant que croulait interminablement
Un bruit de poussière et de vent
Et que s'affaissait le béton
Que coulait le peuple d'Orion.

On a vu bien d'autres étoiles depuis,
Allumées comme au fond d'un puits.
Sur Orion que la mort attend,
Un prêtre fait asseoir les hommes à genoux
Et le peuple incompris
Prie.

Orion ne reverra plus jamais le pays
Et la lune, sa sœur, aura bien loin d'ici
Des ailes.
Les cieux comme un taudis,
Privés de leur dentelles
Baissent les yeux

Au milieu des cerisiers blancs,
Sur son cheval,
Le prêtre a des ciseaux d'argent.
Il a les mains couvertes de papier doré
Et le devant de son visage est décollé.

Les grands arbres se dressent, les yeux mouillés
Et leurs cheveux comme des tresses
Qui cachent le soleil,
Les fleurs sont comme des oreilles, décollées.

Nous,
Même si nos membranes fragiles
Nous rendent un peu moins agiles
Ensemble,
S'il faut venger nos morts,
S'il faut souffrir encore,
Nous incinèrerons leurs corps
Si on veut de nous encore, encore,
Si on veut de nous encore, encore.

Et l'autel est dressé
Sur ses deux mains, sur ses bras blessés,
Regardant vers le nord,
Les mains tendues comme une plante carnivore.

Et du plus loin que l'on entende les rires
Déjà morts au sortir de leur bouche de cire,
Il faut les laisser faire.
Ce ne sont que des mammifères
Dans ce monde de prose
Où rien ne tient quand on le pose.

Nous,
Même si nos yeux sont trop clairs,
Nous retournerons sur la terre
Ensemble.
Nous franchirons les mers
De notre planisphère,
Reprendrons nos mines de fer
Si on nous laisse faire,
Si on nous laisse faire.

Nous,
Même si nos membranes fragiles
Nous rendent un peu moins agiles
Ensemble,
S'il faut venger nos morts,
S'il faut souffrir encore,
Nous incinèrerons leurs corps
Si on veut de nous encore,
Si on veut de nous encore.

Orion,
Sentant sa fin venir,
Dressa ses habitants contre leurs souvenirs,
Contre leurs souvenirs.

Depuis longtemps,
Depuis longtemps
Riche de tout,
Ce peuple parasite
Auquel nous rendions visite
Souvent fit notre faillite.

D'où il les avait mis sur le sol d'Orion,
Il pointa ses canons la tête la première
Vers l'horizon puis vers la terre.

Par delà les plus hauts monts,
Au milieu des goémons,
Vit Salomon,
Pareil aux preux chevaliers teutoniques,
Comme les lépreux sataniques,
Et dont la descendance princière et millénaire,
Pour toujours, un jour quitta la terre.

C'est au creux d'une lagune
Dont il cheminait les dunes
Qu'un soir de lune,
Descendant du ciel en spirales,
Tombèrent les anges des étoiles.

Tenant à peine debout,
Ensevelis par la boue,
Le sable mou,
Leur semblant comme autant de serpents,
Ils détruisirent tout en un instant.

Depuis longtemps,
Depuis longtemps
Riche de tout
Comme un coquillage
Dont la coquille est sans âge,
Salomon ignorait d'autres rivages.

Par delà les plus hauts monts,
Au milieu des goémons,
Vivait Salomon,
Pareil aux preux chevaliers teutoniques
Comme les lépreux sataniques,
Et dont le descendance princière et millénaire
Pour couvrir son corps creusa la terre.

Les fossoyeuses marines
Trouveront dans sa poitrine
Tant de vermines
Qui malgré les prêtres d'Orion,
Se nourrissant de lui, revivront.

Depuis longtemps,
Depuis longtemps
Jaloux de tout,
Debout dans leurs caravelles,
Ce peuple aux formes nouvelles
Fit tomber nos citadelles
D'un coup d'aile.

Orion ne reverra plus jamais le pays
Et la lune, sa sœur, aura, bien loin d'ici,
Des ailes.
Orion n'aura jamais s'il faut, pleuré, grandi,
Quoiqu'aura bien vécu du moins à ce qu'on dit
Sans elle.
Les cieux comme un taudis
Privés de leurs dentelles
Baissent les yeux.

Nous,
Par le droit que nous donne notre âge
Réduisons nos fils à l'esclavage,
Ensemble.
Si demain chacun d'eux nous ressemble,
Il faudra faire en sorte
Qu'aucun d'eux ne ressorte
Du monde dont nous fermons les portes.

Que la légende d'Orion
Soit morte.

 
     



La neige est blanche          
Paroles et Musique: Gérard Manset
            
 
A force de se regarder,
Ne pas comprendre, ne pas s'aimer,
Vraiment, le temps nous est compté,
Vraiment, le temps nous est compté.

Alors, puisque le mal est fait
Que le trou grandit, le lit défait,
Chacun se regarde, chacun se tait,
Chacun se regarde, chacun se tait.

{Refrain:}
C'est un homme dont le corps se penche.
Comme un arbre mort, il tend les branches
Mais le froid est là, la neige est blanche,
Mais le froid est là, la neige est blanche,
La neige est blanche.

Il s'en va demain, continue sa route.
Tout le long de son chemin, chaque pas lui coûte
Pour se détacher de toi, coûte que coûte,
Pour se détacher de toi, coûte que coûte.

{au Refrain}

Toi qui t'en va pour ce pays là
Où tu dis que les gens sont beaux,
Que veux-tu de plus que tu n'aie pas,
Que veux-tu de plus que tu n'aie pas ?

{au Refrain}

 
     



La pie noire          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1976
            
 
Cueille les fruits de ton verger.
Laisse la pie noire s'envoler.
Amène l'eau, amène-les
Sur une chaise et mange-les.
Cueille les fleurs de ton quartier.
Laisse les couloirs, les fumées.
Qu'arrive-t-il au monde entier
Depuis ce matin ?

Un homme au visage allongé,
Dans une ville, découragé.
Parle l'homme sans bouger,
Laisse l'habit noir à ses pieds.
Chaud le soleil et chaud l'été
Sous une tonnelle ombragée,
Qu'arrive-t-il au monde entier
Depuis ce matin ?

Vis dans la campagne, oublié.
Cueille les fruits de ton verger
Et quand la neige aura neigé,
Laisse la pie noire s'envoler.
Qu'arrive-t-il au monde entier
Depuis ce matin ?

 



La route de terre          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1982
            
 
Quand tu descendras de ta maison
Faite de bois, de terre ou de joncs
Au bout du monde
Au pays de lumière,

Ferme les yeux, pense à la chanson
Qu'il te chantait, y a pas de raison
Au bout du monde
Dans le vent, la poussière.

Sur cette route de terre
Qui fait le tour de la terre,
Sur cette route ou y a jamais d'hiver,
C'est par là qu'il reviendra
Prendra l'enfant dans ses bras,
Prendra l'enfant dans ses bras.

Quand tu descendras de ta maison,
Vois le soleil monter sur l'horizon,
Eclairer le monde
Dans le vent, la poussière.

Compte les jours, compte les saisons,
Il reviendra, y a pas de raison,
Du bout du monde,
Debout dans la lumière.

Sur cette route de terre
Qui fait le tour de la terre,
Sur cette route ou y a jamais d'hiver,
C'est par là qu'il reviendra
Prendra l'enfant dans ses bras,
Prendra l'enfant dans ses bras.

 
     



La terre endormie          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1994
            
 
Sans que l'on sache vraiment
Ni pourquoi ni comment
Nos pas nous ramènent
Sur le chemin qui mène
A la terre endormie,
Son marbre abîmé,
Son arbre endolori,
Sa branche brûlée
A la terre endormie.

Dans quel monde étais-je
Pour me croire certain,
Qu'il vente ou qu'il neige,
Qu'on ait froid, qu'on ait faim,
Que la vie serait telle
Qu'elle fût une fois
Ou sembla-t-elle
Le restera
Que la vie serait telle ?

Mais la ville est éteinte.
Le parc est glacé
Comme l'est ton étreinte,
Ton bras délacé.
Il reste à marcher
Sur la terre endormie,
Mille fois retrouvée,
Retroussée,
Mille fois salie,
Trahie,
Sur la terre endormie.

Et le reste est écrit
D'une encre impénétrable,
Faite d'iniquité
Comme d'inéluctable.
Dans le parc glacé,
Ton pas s'impatiente
Ou s'est impatienté,
Puisque tout te hante
Sur la terre endormie.

Dans quel monde suis-je
Pour me croire épargné
Quand tout n'est que voltige,
N'est que subterfuge ?
Dans quel monde fus-je
Dont on m'a tiré ?
Quel orbe étoilé,
Mille fois assailli,
Et mille fois souillé,
Mille fois souillé ?

 
     



La toile du maître          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
La toile du maître
Mesure deux mètres
Cinquante centimètres.

La toile du maître
Ne convient peut-être
Qu'à celui qui l'a faite.

Des mains de toutes les couleurs,
Des fleurs étranges
Qui changent de visage
Qui changent de paysage.

On dirait qu'il a voulu
Représenter le ciel
De son lit.
On dirait qu'il a laissé
Tomber des ailes
Sur ta vie.

Puisqu'il a voulu faire
Le monde à son idée,
Les yeux fermés
Le plus simple est encore
De ne rien lui donner
Mais de lui pardonner,
Oui, de lui pardonner,
Lui pardonner,
Oui, de lui pardonner.

La toile du maître
Mesure deux mètres
Cinquante centimètres.

La toile de maître
A comme diamètre
Six mille kilomètres.

Des mains de toutes les couleurs,
Des fleurs étranges
Qui changent de visage
Qui changent de paysage.

Peut-être que son œuvre
Serait refusée
Dans les musées
Mais il faut que chacun
Puisse s'y amuser.

Puisqu'il nous a dépeint ce monde,
Qu'il a peint chaque matin,
Le plus simple est encore
De s'y abandonner
Et de lui pardonner,
Oui, de lui pardonner,
Lui pardonner,
Oui, de lui pardonner.

Des mains de toutes les couleurs,
Des fleurs étranges
Qui changent de visage,
Qui changent de paysage.

 
     



La vallée de la paix          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1994
            
 
Face aux grandes étendues,
Il a marché longtemps.
Il a peut-être connu
Ton masque éclatant,
Soleils et firmaments
Qui forcent le respect,
Spectre revenant
De la vallée de la paix,
De la vallée du doute.

Il a marché tête nue,
Continué la route
Face aux grandes étendues
Où le pire est à craindre.
Le meilleur derrière soi
Dans le jour qui va poindre
Sur la vallée de la soie,
Tipies en Totems
Masques éclatants
Dans la vallée de la paix
Où le doigt de l'ombre s'étend.
Il a marché quand même,
Il a marché longtemps
Quand les crépuscules reviennent.
Il sait ce qui l'attend
Dans la vallée de la paix.

Cavaliers s'avancent,
Nuages...
Désespoir de tout ce que l'on sait,
Laissez venir, laissez passer
Ceux dont l'amour s'est renversé
Vallée...

N'importe quel taudis
Où la plante a pu prendre,
Le fruit a mûri,
La racine s'étendre,
Cratères en volcans,
Il a payé son dû.
Sable sous les paupières,
Cimes descendues,
Face aux grandes étendues
De la misère humaine,
Tous les muscles tendus
Et le tympan qui saigne,
Dans la douleur qu'il fait sienne,
Il a quand même obtenu
Des astres qui nous mènent
Que la vallée soit nue
Dans la vallée de la paix.

Cavaliers s'avancent.
Laissez venir, laissez passer
Ceux dont l'amour s'est renversé.

Vallée...

N'importe quel taudis
Où la plante a pu prendre,
Le fruit a mûri,
La racine s'étendre
Dans la vallée de la paix.

Les chevaux s'embrassent
Où l'herbe ne meure jamais
Quand les cavaliers passent
Dans la vallée de la paix.

Les chevaux s'embrassent
Où l'herbe ne meure jamais
Quand les cavaliers passent
Où les chevaux...
Où les chevaux...
Où les chevaux s'embrassent,
Où les chevaux s'embrassent,
Où les chevaux...
Où les chevaux...

 
     



Le jour où tu voudras partir          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1979
            
 
Il n'y aura plus de trains dans les gares
Le jour où tu voudras partir.
Au milieu d'enfants endormis
Dans les jardins, dans les lits,
Il n'y aura plus d'avions dans les airs.
La ville sera comme un désert.
Rien que des enfants enlacés
Pour t'empêcher de passer.

Il n'y aura plus de fleurs sur les tables.
L'enfant posera son cartable,
La tête dans les mains pour pleurer.
Il t'entendra t'éloigner.

En attendant que les incendies et le bruit de ville s'éteignent,
Tu mettras de l'eau sur le front de ceux que tu aimes et qui saignent
Au milieu d'enfants inconnus
Et de loups de chiens perdus.

Il faudra bien qu'un jour, tu te souviennes
De cette ville qui fut la tienne
Avec ses enfants endormis
Sur le marbre des fontaines.

En attendant que les incendies et le bruit de ville s'éteignent,
Tu mettras de l'eau sur le front de ceux que tu aimes et qui saignent
Au milieu d'enfants inconnus
Et d'oiseaux tombés du nid.

 
     



Le lieu désiré          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1991
            
 
Le menton creusé,
La barbe de deux jours,
Sur le lieu désiré
Il reviendra toujours.
Ainsi les choses passent
Et les quartiers se vident
Et lui revient, livide
Et la chemise ouverte
Dans l'allée déserte,
Et la chemise ouverte, dans l'allée déserte.
Mais c'est sûr, le vent soufflera toujours
Pour effacer les traces, laver les blessures
Et, quelles que soient les marques et les brûlures,
Cadenasser les portes et les serrures.

Le menton creusé,
La barbe de deux jours,
Vous le verrez passer
Sur le banc glacé,
Venir se placer,
Attendre. Le jour
Vagabond va
Finir par s'arrêter,
Se poser là-bas,
Comme une chienne met bas,
Innombrable portée
De son rêve ici-bas,
Mais c'est sûr, le vent soufflera toujours
Comme un masque de fer dans un gant de velours,
Comme un masque de fer
Dans un gant...

 



Le masque sur le mur          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1980
            
 
Il a tout vendu, tout donné
Dans la maison abandonnée.
On entend ses pas résonner
Y a plus qu'une ampoule allumée

Et y a le masque sur le mur
Qui fait froid dans l'dos,
Qui fait froid dans l'dos.
Et y a le masque sur le mur
Qui dit jamais un mot,
Qui dit jamais un mot,
Non, qui dit jamais un mot,
Qui dit jamais un mot.

Quand il est parti, là-bas,
Il s'avait pas, savait pas
Qu'on en revient pas,
On en revient pas...

Il a tout vendu, tout donné,
L'a juste gardé que son collier
Qui vient des Indes,
La dernière page de son cahier,
Tu peux pas lire, tout est rayé,
Tu peux pas lire.

Et y a le masque sur le mur
Qui fait froid dans l'dos,
Qui fait froid dans l'dos.
Et y a le masque sur le mur
Qui dit jamais un mot,
Qui dit jamais un mot,
Non, qui dit jamais un mot,
Qui dit jamais un mot.

Il a tout donné, tout vendu.
Y a qu'une photo qui reste pendue
Avec des femmes, des enfants nus.
C'est là-bas qu'ils se sont connus,
C'est là-bas qu'ils se sont...

Et y a le masque sur le mur...
Qui dira jamais un mot,
Qui dira jamais un mot...

 
     



Le moment d'être heureux          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1976
            
 
Quand on est malheureux,
Quand il faut fermer les yeux,
On sait bien qu'un jour, tout changera,
On sait bien qu'un jour, il reviendra,
Le moment d'être heureux,
Le moment d'être enfin deux,
Le moment d'être enfin heureux,
Le moment d'être heureux.

Quand on est malheureux,
On se tait ou on parle peu.
On sait bien qu'un jour, tout changera,
On sait bien qu'un jour, il reviendra,
Le moment d'être heureux,
Le moment d'être enfin deux,
Le moment d'être enfin heureux,
Le moment d'être heureux.

On sait bien qu'un jour, il reviendra,
Le moment d'être heureux,
Le moment d'être enfin deux,
Le moment d'être enfin heureux,
Le moment d'être heureux.

Quand on est tous les deux,
On se regarde dans les yeux.
On sait bien qu'un jour, on sera vieux
Et qu'il reviendra pour tous les deux,
Le moment d'être heureux,
Le moment d'être enfin deux,
Le moment d'être enfin heureux,
Le moment d'être heureux.

 
     



Le paradis terrestre          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1970
            
 
Hier, en traversant la rue,
Je me suis reconnu
Tête nue,
Méconnu.
J'ai changé de trottoir avec dix ans de plus.

Je me suis rattrapé
Quelques instants plus tard.
C'est bizarre.
Je suis passé devant moi sans me voir.

Le paradis terrestre,
Voyez ce qu'il en reste.
C'est une terre aride.
Les yeux perdus au fond des rides,
C'est un chemin plus difficile qu'on ne croit,
C'est un chemin de croix.

Je me suis rattrapé ce soir-là dans une impasse
Où l'on passe
Tête basse.
Je me suis retourné pour bien me voir en face.

Je me suis pris la gorge.
J'ai serré,
J'ai serré.
J'essaierai
D'être meilleur ou pire à l'avenir,
Mais qui sait ce qu'il va devenir...

Le paradis terrestre,
Voyez ce qu'il en reste.
C'est une terre aride.
Les yeux perdus au fond des rides,
C'est un chemin plus difficile qu'on ne croie,
C'est un chemin de croix.

Hier, en traversant la rue,
Je me suis souvenu
D'avoir vu
Tête nue,
Quelqu'un qui ne me semblait pas inconnu.

Je ne me suis revu qu'une fois l'année dernière.
J'avais l'air
D'être en l'air,
A quelques centimètres au-dessus de la terre.

C'est une terre aride,
Les yeux perdus au fond des rides.
C'est un chemin plus difficile qu'on ne croie,
C'est un chemin de croix.

C'est une terre aride,
Les yeux perdus au fond des rides.
C'est un chemin plus difficile qu'on ne croie,
C'est un chemin de croix.

 
     



Le pont          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1978
            
 
Aujourd'hui ou demain,
On a tous rendez-vous avec le destin
Et quand il te tient,
Il n'a pas dit son dernier mot.
Il vole vite, vole vite, dans ton dos,
Ton dos.

Et je me souviens que, quand on s'est connu,
J'avais le cœur vide, je ne l'ai plus
Et quand je passe
Le pont,
Je me dis :
"Tiens bon."

Et je parle peu, personne ne sait ou je vis.
Y a que mon ombre qui me suit
Et quand je passe
Le pont,
Elle me dit :
"Tiens bon."
Au-dessous, c'est le vide,
Au-dessous, c'est le vide
Et t'as besoin de vivre encore,
Et t'as besoin de vivre encore

Et pas un jour, loin d'elle ou loin d'ici,
Sans être encore à sa merci,
Et tout est ainsi,
Pas moyen de se défendre,
Sans voir le pont, le pont se fendre,
Pont se fendre,
Se fendre...

Mais moi, je sais bien
Qu'hier, aujourd'hui ou demain,
Et sur la tête, sur les mains,
Si je passe
Le pont,
Elle me dira :
"Tiens bon."
Et je tiens bon,
Ah oui, je tiens bon
Et je tiens... bon
Alors je tiens,
Oui je tiens.

 
     



Les enfants des tours          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1985
            
 
Il faudra bien qu'on pense un jour
Aux enfants qui poussent dans les tours,
Sur les trottoirs, sous les néons
Ceux qu'on ramasse dans les cartons.
Où sont les vastes terrains vagues,
Tout est silence.
Les murs de briques, les tas de sable
De mon enfance.
Les enfants nus, visage de charbon
Suivant les sentiers dans la grisaille
De nos maisons de France.

J'y pense maintenant,
Puisque ça n'a plus cours,
Que seuls les chiens restent
Au fond des cours
Et que les écoliers,
Pareil aux écolières,
On leur met le collier.

Il faudra bien qu'on pense un jour
Aux enfants qui poussent dans les tours,
Sur les trottoirs, sous les néons,
Ceux qu'on ramasse dans les cartons.
Où sont les vastes terrains vagues,
Tout est silence.
Les murs de briques, les tas de sable
De mon enfance.
Les enfants nus, visage de charbon
Suivant les sentiers dans la grisaille
De nos maisons de France.

J'y pense maintenant,
Puisque ça n'a plus cours,
Plus d'importance,
Qu'on est devenu sourd
Et que les écoliers,
Pareil aux écolières,
On leur met le collier.

Les enfants nus, visage de charbon
Suivant les sentiers dans la grisaille
De nos maisons de France.

J'y pense maintenant,
Puisque ça n'a plus cours,
Plus d'importance,
Qu'on est devenu sourd
Et que les écoliers,
Pareil aux écolières,
N'ont plus la moindre chance
Que l'on avait hier
Et que les écoliers,
Pareil aux écolières,
N'ont plus la moindre chance...

 
     



Les îles de la Sonde          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1980
            
 
T'as pas vu les îles de la Sonde,
Les poissons volants qui retombent
Sur le fond de la barque ronde,
T'as pas vu les îles de la Sonde.

T'as pas vu les îles de la Sonde,
Les femmes au sourire de Joconde
Comme au premier matin du monde.
T'as pas vu les îles de la Sonde.

Mais tu peux partir quand même.
Y a des poissons qui t'emmènent.
Poissons d'argent,
Poissons volants,
Poissons de feu,
Poissons de glace,
Poissons aux ongles qui cassent.

T'as pas vu les îles de la Sonde.
Elles t'attendent à l'autre bout du monde.
Moitié dans l'eau, moitié dans l'ombre,
Moitié dans l'eau, moitié dans l'ombre.

Mais tu peux partir quand même.
Y a des poissons qui t'emmènent,
Poissons d'argent,
Poissons volants,
Poissons qui plongent,
Poissons qui nagent,
Poissons venus du fond des âges,
Poissons aux longues chevelures,
Dauphins bleus sur fond d'azur.

 
     



Les vases bleues          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1976
            
 
A force de penser aux autres,
On a les dents serrées, la tête haute.
Cartes, billes et crayons sont centre du monde.
On s'en sert en serrant son poing comme une bombe.
On marche de travers comme un crabe
Et la mer descend.
Adieu les vases bleues, les pas traînants,
Sables mouvants, sables heureux,
Sables de vent de vases bleues.

Comme un casque on s'endort avec sa chevelure,
Une chemise au corps, au cœur une blessure,
Prisonniers aux pieds pris dans le courant qui passe,
Une valise pleine ou vide à marée basse
On marche de travers comme un crabe
Et la mer descend.
Adieu les vases bleues, les pas traînants,
Sables mouvants, sables heureux,
Sables de vent de vases bleues.

On marche de travers comme un crabe
Et la mer descend.
Adieu les vases bleues, les pas traînants,
Sables mouvants, sables heureux,
Sables de vent de vases bleues.

Hommes, bêtes et femmes sont en guerre
Et la mer descend.
Vies perdues dans les vagues de fer
Et la mer descend.
On oublie de vider son verre
Et la mer descend.
On marche de travers comme un crabe
Et la mer descend.
On marche de travers comme un crabe
Et la mer descend.
Adieu les vases bleues, les pas traînants,
Sables mouvants, sables heureux,
Sables de vent de vases bleues,
Sables de vent de vases bleues.

 
     



Long long chemin          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1972
            
 
{Chœurs:}
Rien n'égale
Un ciel sans une étoile
Où rien ne changera
Où tu t'endormiras.

Si tu veux trouver celui que tu aimes,
C'est un long long problème
Et tous les matins sont les mêmes,
Qu'ils soient de plumes ou de paille
Ou de tessons de bouteilles,
Qu'ils soient d'ombre ou qu'ils soient de soleil,
Si tu veux trouver l'autre demain,
C'est un long long chemin.

Où que tu ailles,
Il y aura de l'eau, de la paille,
Il y aura de l'eau, de la paille
Et de l'herbe tendre au creux des reins
Sur ton chemin.
Il y aura de l'eau, du soleil,
Il y aura de l'eau, du soleil.
Aucun jour, aucune nuit ne seront pareils
Mais, c'est un long long chemin.
C'est comme une épine au creux de ta main.
C'est un long long chemin,
C'est un long long long long long long long long long long long chemin
Car trouver celui qu'on aime,
C'est un long long problème.
C'est un long long long long long long long long long long long problème.
C'est un long long long
Long long long {x3}

Où que tu ailles,
Il y aura de l'eau, de la paille,
Il y aura de l'eau, de la paille
Et de l'herbe tendre au creux des reins.
Tout au long du chemin,
Le long long long
Long long long {x3}
Long

Alors, quand ce sera lui,
Court au devant de lui.
Tu seras comme dans ses bras
Libre, près de son cœur ouvert.

 
     



Lumières          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1984
            
 
Mais où sont passées les lumières
Qui nous guidaient ?
Peut-être étions-nous trop fiers
Pour baisser la tête.
Le monde a tourné sans nous,
Sans nous attendre.
Les ténèbres sont partout
Couvertes de cendres.

Mais souviens-toi
Que l'on s'aimait quand même.
Nous étions si jeunes, si fiers
Et, comment le dire,
Nous avons perdu la lumière,
L'étoile qui caressait nos paupières.
Tout m'est égal.

Et quand même
On se souvient,
On se rappelle
De quelque chose
Qu'on pose près du lit,
D'une lumière
Qui brillait la nuit.

Mais où sont passées les lumières
Qui nous guidaient ?
Devenus statues de pierre,
Qu'avons nous fait ?
Les instants, comme des clous de fer
Qu'on enfonce
Et rien que le bruit de la mer
Pour seule réponse.

Souviens-toi, c'était hier,
Mais aujourd'hui,
Le lion secoue sa crinière.
Peur de la nuit,
Gratte le fond de la rivière
Où il venait boire.
Nous avons perdu la lumière.
Nous sommes dans le noir.

Mais où sont passées les lumières
Qui nous guidaient ?
Le lion secoue sa crinière
A chaque coup de fouet
Derrière les barreaux de fer,
Sans illusion.
Derrière les barreaux de fer,
De sa prison.

 
     



Manteau rouge          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1987
            
 
Puisqu'on m'a demandé de tenir son bras
Et de voir l'aiguille s'enfoncer,
On n'a pas toujours de la chance
On se penche, on tombe, on avance.

On enfile le manteau rouge, et les arbres bougent et le ciel va tomber.
On sait pas demain, quel jour, quelle heure, ça va s'arrêter.
On se cache, on rampe, on avale, on se donne du mal à tenir debout.
On regarde en face, et le danger passe, alors y a qu'a tendre le cou.

De l'autre côté de la frontière,
Où les bananiers sont tombés,
On trouve des casques et des civières,
Les jeeps des brancardiers.

On est tous pareils, on n'a rien d'autre à faire
Que d'écrire sur un bout d'papier
La vie qu'on mène à l'autre bout d'la terre
Pendant qu'on voit les bombes tomber

Mais, de l'autre côté de le riviêre,
T'as des hommes qui mangent des chiens,
Des femmes qu'ont peur de la lumière,
Qu'ont plus de lait dans les seins.

On s'dépêche, on arrive et on passe devant.
Y a p'être quelque chose à voir.
On s'arrête au bord du trou brûlant.
T'as quelqu'un qui vend à boire.

On enfile le manteau rouge, et les arbres bougent et le ciel va tomber.
On sait pas demain, quel jour, quelle heure, ça va s'arrêter.
On se cache, on rampe, on avale, on se donne du mal à tenir debout.
On regarde en face, et le danger passe, alors y a qu'a tendre le cou

Mais de l'autre côté de la frontière,
Où les bananiers sont tombés
On n'a pas toujours de la bière.
On s'demande c'qui s'est passé.

Mais, ferme les yeux, éteint la p'tite lumière,
Qu'on se souvienne plus de rien,
Ni des femmes tombées dans les rizières,
Ni les enfants morts de faim.

Un jour dans un fauteuil avec un cigare
'Bord de la Méditerranée,
T'as des tas d'gens qui viendrons pour me voir
Pour me d'mander de raconter
Mais y aura rien de plus pourri que ma mémoire.
Je n'saurai même plus compter.
Ma vie s'ra plus qu'un grand trou noir
Avec des cadavres enterrés.

On enfile le manteau rouge...

 
     



Marchand de rêves          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1981
            
 
Marchand de rêves
Avec ta barque creuse
Entourée de femmes malheureuses,
Marchand de rêves
Au bord du lac de sang,
Y a plus personne debout
Quand le soleil descend
Et tous les enfants jaunes
Aux yeux de faune
Comme des ballons qui crèvent
Marchand de rêves.

Marchand de rêves,
Va t'en plus loin encore
Jeter ta poudre dehors.
Y a plus personne debout dans les rues.
Y a plus personne dans les rues d'Angkor.
Au milieu des danseuses
Aux lèvres recourbées,
On voit les ongles, les doigts
De ceux qui sont tombés.

Marchand de rêves,
Au bord du lac de sang
Y a plus personne debout
Quand le soleil descend
Avec ta poudre rouge,
Tes yeux d'or, ta barque
Et les enfants qui bougent encore
Au fond du sac.

Marchand de rêves
Va t'en plus loin encore.
Au fond de yeux fendus
Dans les yeux d'or
Y a plus personne debout..

Marchand de rêves,
Va t'en plus loin
Frappe plus fort
Dans un silence de mort.
Y a plus personne debout dans les rues...

Marchand de rêves,
Va t'en plus loin, toujours
Avec ta barque sur la grève.
Marchand de rêves
Laisse tomber au fond du sac
Les têtes coupées
Qui chantent encore.
Y a plus personne debout
Dans les rues d'Angkor.

 
     



Maubert          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1982
            
 
Tout à l'heure, en prenant le métro,
Un homme était couché sur le dos
Avec un casque, entouré de clodos.
Ça sentait l'urine
On voyait des mecs assis comme dans une vitrine
Alors j'ai dit :
"Marque donc sur le mur
Comment tu t'appelles
Et les raisons pour lesquelles
T'en as marre de voir tout ça.
Marque donc sur le mur
Combien il reste encore de jours, de mois, d'années
De siècles à tirer."

Tout à l'heure, en prenant le métro,
J' me disais qu'on était tous égaux,
Comme des harengs qu'on sort de son frigo.
D' l'aut' côté du quai
J' voyais des mecs plantés
Tous debout comme des laquais
Alors j'ai dit :
"Marque donc sur le mur
Comment tu t'appelles
Et les raisons pour lesquelles
T'en as marre de voir tout ça
Marque donc sur le mur
Combien il reste encore de jours, de mois, d'années
De siècles à tirer."

Je pars tout seul en avant avec petit Robert.
Rendez-vous tout à l'heure à Maubert.
Si on se perd en route,
Bye-bye quand même
Et saute en marche et cours, cours
Dis-moi que tu m'aimes.

Dis-moi que tu m'aimes.

Et chaqu' jour en prenant le métro,
J' me dis qu'on est tous pareils
Et qu' ça fait froid dans l' dos.
D' l'aut' côté du quai,
D' l'aut' côté du quai,
D' l'aut' côté du quai,
On n' trouve pas plus de soleil
Et pas plus de monnaie.
Alors j'ai dit :
"Marque donc sur le mur
Comment tu t'appelles
Et les raisons pour lesquelles
T'en as marre de voir tout ça.
Marque donc sur le mur
Combien il reste encore de jours, de mois, d'années
De siècles à tirer."

Je pars tout seul en avant avec petit Robert.
Rendez-vous tout à l'heure à Maubert.
Si on se perd en route,
Bye-bye quand même.
Et saute en marche et cours, cours
Dis-moi que tu m'aimes.

Je pars tout seul en avant avec petit Robert.
Rendez-vous tout à l'heure à Maubert.
Si on se perd en route,
Bye-bye quand même.
Et saute en marche et cours, cours
Dis-moi que tu m'aimes.

Et saute en marche et cours, cours
Dis-moi que tu m'aimes,
Dis-moi que tu m'aimes.

 
     



Mauvais Karma          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1985
            
 
C'est grand, c'est grand.
On voit toujours du sable
Tout blanc tout blanc
Mais le monde est fermé quand même
Dans un écran.
On voit bouger les hommes, les femmes, les enfants
Dans un écran
Mais quelqu'un joue là-bas,
Tire le manche vers le bas.
Les choses vont et viennent,
S'allument et s'éteignent
Et sont heureuses et saignent
Interminablement,
Sur cet écran, sur cet écran.

Pas d'avenir, pas de passé,
Pas la moindre raison de vivre,
Aucune raison d'exister,
Pas d'avenir, pas de passé non plus
Mais d'une rive à l'autre,
Faut traverser,
Ne jamais regarder par la vitre arrière
Les lézards enlisés sous les bancs de pierre,
Les buffles ensablés le long des rivières,
Les tempes dégagées, les cheveux en arrière,
Les tempes dégagées, les cheveux en arrière,
Regarde et voit passer ténèbres,
Regarde et voit passer ténèbres, ténèbres et lumières,
Mauvais Karma
Et depuis dix mille ans, la trace d'un doigt
Qui pousse la roue,
La roue de la loi,
Claque la porte et tremble.

Pas d'avenir, pas de passé non plus,
Mais où sont les routes,
Les routes effacées,
Que sont devenues toutes
Nos pensées ?
Ce monde va sans doute se briser.
Que sont devenues toutes nos vies passées,
Les marches sur lesquelles on a tous dansé,
Nos actes, nos gestes, nos pensées ?
Dans la peau de qui de qui se sont enfoncées,
Dans la peau de qui de qui se sont enfoncées.
Regarde et voit passer ténèbres,
Regarde et voit passer ténèbres, ténèbres et lumières,
Mauvais Karma.
Au fond d'un verre, la trace d'un doigt
Comme un visage qui te resssemble,
Claque la porte et tremble
Tremble, tremble...

 
     



Mon amour          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
Comme à ces bains de nuit
Durant l'été,
Chacun portait en lui
Sa vérité.
La statue de sel
Etait celle
Qui semblait être la plus belle
D'entre elles
Mais la lune suspendue
Elle a fondu.

Je n'ai pas su lui dire
Les mots pour la retenir.

Mon amour,
Je t'aimerai pour toujours,
Pour toujours.
Mon amour,
Je t'aimerai pour toujours,
Pour toujours.

On avait vu
Le miracle de loups
Qui ne sont pourtant
Pas meilleurs que nous.

Les flocons sur sa taille fine
Comme s'il tombait des hermines
Des nues

Mais lorsque la neige a fondu
Elle était nue.

Je n'ai pas su lui dire
Les mots pour la retenir.
Mon amour,
Je t'aimerai pour toujours,
Pour toujours.
Mon amour,
Je t'aimerai pour toujours,
Pour toujours...

 
     



Ne change pas          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1972
            
 
Près des vielles maisons de pierres
Au front couvert,
Ne dis pas ton nom,
Non, non, non.
Nombreuses sont les nuits entières
Où s'élèvent nos prières.
Un jour, tu descendras devant lui des horizons nouveaux,
Les quatre roues de ses chevaux,
Des ruisseaux coulant de ses mains.

Aussi longtemps qu'il te tiendra
Dans ses bras, surtout ne parle pas
Mais quand son visage tombera,
Soudain le silence te dira
Creuse au fond de toi,
Creuse, mais ne change pas,
Ne change pas,
Ne change pas,
Ne change pas
Et quand le silence reviendra,
Sur ta monture, tu l'emmèneras
Près des vielles maisons de pierres
Au front couvert
Et tu oublieras son visage.
Alors tu comprendras.
Peut-être, il me ressemblera
Et quand nos ensembles tomberont,
Seuls entre nous, nous nous dirons
Creuse au fond de toi,
Creuse, mais ne change pas,
Creuse, mais ne change pas,
Ne change pas.

Mais quand nos visages glisseront,
De nous, nous nous en irons.
Creuse un abri sous la terre,
Près des vielles maisons de pierres
Au front couvert.
Nous aimerons
Longtemps enlacés sous la terre.
Glacés, nos ongles pousseront.
Le lierre sera notre maison,
Les feuilles mortes et les fougères,
Les animaux à fourrure et le sang des ruisseaux
Nous tendront les bras
Et toi
Creuse au fond de toi,
Ne change pas,
Ne change pas...

 
     



On ne tue pas son prochain          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
On ne tue pas son prochain.
Ça ne se fait pas.
Ça n'est pas bien.

On attend
Que la table soit mise
Et l'on se présente
Et l'on mise
Sur la mort proche
Et la mort est proche
Et quand il meurt,
Ses enfants demeurent
Et son héritage,
On se le partage.

On ne tue pas son prochain.
Ça ne se fait pas.
Ça n'est pas bien.
On ne tue pas son prochain.
Ça ne se fait pas.
Ça n'est pas bien.

Mais on ne tue pas son prochain.
Ça ne se fait pas.
Ça n'est pas bien.

Et quand on l'a tué,
Qu'en fait-on ?
Le corps desséché,
Où le met-on ?
Dans le frigidaire
Ou bien de l'essence ?
Et si la décence
Nous l'autorise,
Dans la cheminée,
On le fait brûler.

On ne tue pas son prochain.
Ça ne se fait pas.
Ça n'est pas bien...

 
     



Paradis          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1994
            
 
Je suis né dans un monde austère,
Plus lugubre qu'un monastère
Où être en vie, c'est être à naître,
Tout connaître.

Il parait que c'est par ici
Que vit le Mahatma, le maître.
Peut-on le toucher, le connaître,
N'est-il qu'hérésie ?

On croit toucher du doigt le paradis.
On en sort abîmé, on en sort sali.
Gardez vous des honneurs
De ce monde-ci,
De l'éclat
De ce monde-là.

Je me suis armé d'un coutelas,
D'une lame à double tranchant.
Cette douleur, écoute-la,
Ecoute son chant.

Je veux qu'on m'amène ici-bas
La vérité et son contenu.
Cette phrase trop longtemps tenue
"Personne ne m'aime"
On croit toucher du doigt le paradis.
On en sort abîmé, on en sort sali.
Gardez vous.

Je me suis armé d'un coutelas.
Cette douleur écoute-la.
Comédie.

On croit toucher du doigt le paradis.
On en sort abîmé, on en sort sali.
Gardez vous des honneurs
De ce monde-ci,
De l'éclat
De ce monde-là.
Gardez vous de la nuit
Qui règne ici-bas
De l'éclat de ce monde.

 
     



Pas mal de journées sont passées          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1977
(c) 1977 EMI MUSIC
            
 
Pas mal de journées sont passées depuis que l'on s'est quittés
Pas mal de journaux sont parus depuis que l'on s'est pas vus
Pas mal de chambres d'hôtel ont vu le jour
Pas mal de bombes et pas mal de discours

Pas mal de coupures de courant depuis que j'ai foutu le camp
Pas mal de présidents jetés depuis que je t'ai quittée
Ma p'tit' fille
T'as les yeux qui brillent de plaisir
Tu sais pas quand ça va finir
Quand tu sortiras de l'enfance
Y aura plus d'Angleterre plus de France

Comme pas mal de bombes sont tombées je suis rev'nu te chercher
Le monde a rien perdu ni gagné mais dépêche-toi de t'habiller
On va partir ensemble à la voile
Plus loin qu'la lune et plus loin qu'les étoiles

Y a pas mal de miracles tu sais
Y reste plus qu'à prier ...

 
     



Pour un joueur de guitare          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1982
            
 
On l'assoit sous un banc, sous un saule.
Quelqu'un l'a pris par l'épaule.
Une petit' flaque au milieu de ses yeux bleus,
Il pleurait tout à l 'heure, ça va mieux.
Il semblerait quand même aller un peu mieux.
Il sort un paquet de Gauloises bleues.

Maint'nant il pleut plus, l' ciel est gris.
Il va rentrer tout à l'heure chez lui.
De sa chambre, en haut, on voit tout Paris.
Il va s' laisser tomber sur son lit.
Il essaiera de plus penser à rien.
Pourtant tout d' même, il comprend pas bien.

Tu sais, pour un joueur de guitare,
L'amour, il vaut mieux qu' ça vienne plus tard,
Sans ça, ça peut donner comme un coup d' cafard.
On s' réveille un matin, c'est trop tard.

Il comprend pas bien où est le problème.
Il voulait simplement qu'elle l'aime,
Alors si y a même plus d'amour sincère,
Qu'est-ce qui va rester sur la Terre ?
Qu'est-ce qui va rester sur la Terre demain
Pour nous les pauvres musiciens ?

Alors il s'assoit devant son miroir.
Il change les cordes de sa guitare.
Il pense qu'vaut mieux qu' ça vienne plus tard,
L'amour, pour un joueur de guitare.
En fait il a même plus de goût à rien.
Il s' demande se qu'il va faire demain.

Tu sais, pour un joueur de guitare,
L'amour, il vaut mieux qu' ça vienne plus tard,
Sans ça, ça peut donner comme un coup d' cafard.
On s' réveille un matin, c'est trop tard.

Pour elle, il aurait pu jouer tout' la vie.
Maint'nant il en a plus la moindre envie.
Il r'garde l'horizon, les toits de Paris.
Il pense qu'il faut gagner sa vie.

Pour elle, il aurait pu jouer...

 
     



Prisonnier de l'inutile          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1985
            
 
Nous avons marché le long des sentiers.
Parmi nous, certains sont tombés
Et tous les autres que deviennent-ils ?
Nous sommes prisonniers de l'inutile.

Derrière nous, campagnes et villages
Ensevelis sous le lierre sauvage
Ou seul un chien peut-être vit tranquille.
Nous sommes prisonniers de l'inutile.

Nous sommes prisonniers des liens qui nous attachent
Et nous souffrons. Dans notre cœur, comme une tache,
Quelque chose qui grandit et qui se cache.
Nous sommes prisonniers des liens qui nous attachent.

Quelques croix sont plantées sur le chemin
Que les bourreaux nous montrent de la main,
Disant : "De l'autre monde, que reste-il ?"
Nous sommes prisonniers de l'inutile.

Au-delà de nous, dans le ciel de plomb,
Y a-t-il un Dieu, quelqu'un nous l'appelons ?
Nous oublier, comment le peut-il ?
Nous sommes prisonniers de l'inutile.

 
     



Quand le jour se lève          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1994
            
 
Quand le jour se lève,
On refait sa vie.
On entend le chant
Et la mélodie
Des jours passés.
Quand le jour se lève,
On refait sa vie.

On visite à deux ce qu'on a vu seul.
L'oiseau merveilleux qu'on a relâché
A pris son vol,
L'oiseau merveilleux
Dans le formol.

Rivières,
Fontaines
N'ont plus d'algues,
N'ont plus d'algues.
Fonds de vase,
Fonds de vase,
Tout ceci repoussera.
Fonds de vase,
Fonds de vase,
Libellule s'envolera.

Quand le jour se lève,
On refait sa vie.
Un château la-bas,
Une barque ici
Qu'on va pousser.
Quand le jour se lève,
Tout est effacé.

Tout est méduse ou murène,
Sur l'océan désolé.
Tout est semblable aux arènes,
Aux chrétiens écartelés,
Au divin dissimulé
Entre les brûlures du sel.

Toi qui m'a connu,
Qui m'a encensé,
Au moins sais-tu
Ce qui va se passer
Dans quelque temps,
Quand le jour sera levé pour longtemps ?

Fontaines,
Rivières
N'ont plus d'herbes,
N'ont plus d'herbes.
Fonds de vase,
Fonds de vase,
Tout ceci repoussera.
Fonds de vase,
Fonds de vase,
Libellule s'envolera.

 
     



Quand les jours se suivent          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1981
            
 
Quand les jours se suivent,
Quand il faut les vivre
En entier, sans rien omettre,
Sans oublier de mettre
Ce qu'il faut d'amour, d'humanité,
De risque, de richesse ou de pauvreté,
Quand les jours se suivent,
Quand il faut les vivre
Comme des bêtes qui tirent le soc,
Dont les cornes s'entrechoquent,
Alors je dis :
"Si ces jours sont des jours d'amour,
Peut-être, ça vaut la peine de les vivre toujours,
Peut-être, ça vaut la peine de les vivre toujours."

Quand les jours se suivent,
Quand il faut les vivre
En entier, sans rien omettre,
Sans oublier de mettre
Ni le poivre ni le sel,
Des jours les plus noirs,
Ni le sucre ni le miel des jours d'espoir,
Quand les jours se suivent
Comme dans les pages, les pages d'un livre,
Quand il faut toujours, toujours les compter
Comme les pions sur le bord de l'échiquier,
Alors je dis :
"Si ces jours sont des jours d'amour,
Peut-être, ça vaut la peine de les vivre toujours,
Peut-être, ça vaut la peine de les vivre toujours."

Comme des bêtes qui tirent le soc
Dont les cornes s'entrechoquent,
Quand les jours se suivent,
Quand il faut les vivre.

 
     



Quand tu portes          
Paroles et Musique: Gérard Manset
            
 
Quand tu portes
Sur tes épaules
Le fardeau
Le plus beau,
Quand ta main tremble
De savoir qu'il te ressemble.

Quand tu sais que c'est lui
Qui pleure au cœur de la nuit
Quand tu te lèves,
Brûlant de fièvre
Que ta main tremble
De savoir qu'il te ressemble.

Tu sais que dans ses veines,
Le sang est le même,
Le sang est le même
Quand il coule,
C'est le long tapis de ta vie
Qu'on déroule.

Quand tu sais que c'est lui
Qui pleure au cœur de la nuit,
Quand il tousse
Dans son lit de mousse,
Quand il t'appelle,
Que, toujours, tu te rappelles,
Souviens toi que c'était lui,
Fragile au cœur de la nuit
Et quand un jour,
Du haut d'une tour
Tu le verras partir,
Comme tout l'monde sans rien dire...

 
     



Que deviens-tu ?          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1984
            
 
Millions de vies cachées dans des maisons de tôle,
Fourmi portant le monde sur tes épaules
Qui plie mais ne rompt pas comme le saule,
Fourmi portant le monde sur tes épaules.

Maisons châteaux,
Murs de sable, murs de vent,
Souffle de l'avenir nous soulevant
Comme une feuille d'arbre pourrissant,
Jaune et dorée sous le soleil couchant
Comme un chien qui s'est tût
Et toi que deviens-tu ?
Je te demande :
Et toi que deviens-tu ?

Maisons châteaux,
Murs de sable, murs de vent,
Cristal taillé plus pur que le diamant
Qui devient sous nos doigts
Sable tout simplement,
Sable dans nos paupières
Nous endormant,
Comme un film s'arrête.
Et toi que deviens-tu ?
Je te demande :
Et toi que deviens-tu ?

 
     



Revivre          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1991
            
 
On voudrait revivre.
Ça veut dire :
On voudrait vivre encore la même chose.
Refaire peut-être encore le grand parcours,
Toucher du doigt le point de non-retour
Et se sentir si loin, si loin de son enfance.
En même temps qu'on a froid, quand même on pense
Que si le ciel nous laisse on voudra
Revivre.
Ça signifie :
On voudrait vivre encore la même chose.
Le temps n'ai pas venu qu'on se repose.
Il faut refaire encore ce que l'on aime,
Replonger dans le froid liquide des jours, toujours les mêmes
Et se sentir si loin, si loin de son enfance.
En même temps qu'on a froid, qu'on pleure, quand même on pense
Qu'on a pas eu le temps de terminer le livre
Qu'on avait commencé hier en grandissant,
Le livre de la vie limpide et grimaçant
Où l'on était saumon qui monte et qui descend,
Où l'on était saumon, le fleuve éclaboussant,
Où l'on est devenu anonyme passant,
Chevelu, décoiffé, difforme,
Chevelu, décoiffé, difforme se disant
On voudrait revivre, revivre, revivre.

On croit qu'il est midi, mais le jour s'achève.
Rien ne veut plus rien dire, fini le rêve.
On se voit se lever, recommencer, sentir monter la sève
Mais ça ne se peut pas,
Non ça ne se peut pas,
Non ça ne se peut...

 
     



Rien à raconter          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1976
            
 
Je n'ai rien à raconter.
Je vis un éternel été
Ni gris, ni bleu, ni mérité
Qui dure depuis tant d'années.
Je n'ai rien à raconter.
Je suis l'arroseur arrosé,
Le cordonnier le plus mal chaussé,
Le chien auquel on passe un collier.
Je n'ai rien à raconter
Non plus
Aux autorités.
Je n'en peux plus.
Je suis un cheval fatigué
Qu'on mène à la salle des pas perdus.
Je n'ai rien à raconter.
Tant pis.
A l'humanité,
J'ai rien compris.
Je suis un animal fatigué
Qui traîne la patte, laissez passer.
Je n'ai rien à raconter.
Les faits divers, les nouveautés,
Le Figaro, l'Humanité.
Voyez la personne à côté.
Je n'ai rien à raconter.
J'ai rien voulu, rien demandé.
Je ne suis pas, n'ai pas été
Ni l'inventeur, ni l'inventé.

 
     



Rouge-Gorge          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1976
            
 
Rouge-gorge,
Ouvre ta gorge rouge
Gorge.
Viens manger du pain dans la main
De celui qui t'aime.
Ouvre tout grand les ailes
Et vole ainsi au-dessus des moulins
De la vie, de la vie, de la vie, de la vie,
De la vie, de la vie, de la vie,
De la...

Rouge-gorge,
Ouvre ta gorge rouge
Gorge.
Continue de chanter l'été,
La gorge serrée.
Ouvre tout grand les yeux
A mille lieux au-dessus des moulins
De la vie, de la vie, de la vie,
De la vie, de la vie, de la vie,
De la...

Rouge-gorge,
Gorge rouge et fatiguée,
Combien faudra-t-il te donner
Pour que tu puisses monter
En haut de l'escalier
Du dernier des paliers alignés
De la vie, de la vie, de la vie, de la vie,
De la vie, de la vie, de la vie, de la vie,
De la... ?

Rouge-gorge,
Ouvre ta gorge rouge
Gorge.
Viens manger du pain dans la main
De celui qui t'aime.
Ouvre tout grand les ailes
Et vole ainsi au-dessus des moulins
De la vie, de la vie, de la vie, de la vie,
De la vie, de la vie, de la vie,
De la...

Rouge-gorge,
Ouvre ta gorge rouge
Gorge
Ouvre ta gorge rouge
Gorge
Ouvre ta gorge rouge
Gorge
Ouvre ta gorge rouge
Gorge
Ouvre ta gorge rouge
Gorge
Ouvre ta gorge rouge
Gorge...

 
     



Royaume de Siam          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1975
            
 
Je t'ai vu dans la rue assise
Avec ton enfant sous ta chemise,
Les épaules nues couvertes d'or.
Pour plaire à ton Dieu, tu danses encore.
La rivière coule au pied du temple de l'aurore.

Personne ne pleure ni se plaint.
La nuit les rues sont chaudes et les enfants jouent
Avec leur grands yeux sans paupières,
La peau bronzée, leur ventre clair.
La rivière coule au pied du grand Bouddha de pierre.

Royaume de Siam,
Chemin qui mène au peuple heureux.
Royaume de Siam,
Celui qui voit le monde par tes yeux,
Celui-là peut-être il peut être heureux.

Je t'ai vu dans la cité étrange,
Porte du ciel, ville des anges,
Avec l'amour, la liberté,
Mange la mangue et boit le thé.
Ta rivière coulera sans s'arrêter.

Je t'ai vu dans la rue assise
Avec ton enfant sous ta chemise.
Tu dansais toujours. Tu danses encore.
La rivière coule au pied du temple de l'aurore.

Royaume de Siam,
Chemin qui mène au peuple heureux.
Royaume de Siam,
Celui qui voit le monde par tes yeux,
Celui-là peut-être il peut être heureux.

 
     



Solitude des latitudes          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1989
            
 
Solitude des latitudes
Se glisse dans tes draps.
Solitude
Ce soir te quittera.
Solitude,
Solitude.

La nuit semble douce et magique,
Ça ressemble aux Amériques,
Ce qu'on lit quand on est enfant,
Belliou-la-Fumée, Croc blanc.
La nuit semble douce et tranquille
Mais tu trembles, que t'arrive-t-il ?
Solitude et feu qui s'éteint,
Coup de feu dans le lointain.

Solitude des latitudes
Se glisse dans tes draps.
Solitude
Ce soir te quittera.
Solitude des longitudes,
Solitude.

La nuit semble douce et tranquille.
Ça ressemble à une ville
Dont on rêve quand on est enfant.
Carthage et ses éléphants.
La nuit semble douce et pourtant,
Tu te réveilles de temps en temps.
Solitude et feu qui s'éteint
Coup de feu dans le lointain.

Te glisse entre les doigts
Solitude...

 
     



Territoire de l'Inini          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1991
            
 
Chaud comme un nid
Territoire de l'Inini,
Tout est fini,
S'enfonce vers l'infini,
Tronc équarri
Glisse sur le Maroni,
Piroguiers aguerris,
Chaman qui les guérit,
Pluie sans répit
Sur le rio Kamopi,
Seins ronds comme des fruits,
Nagent nus dans l'Inini.
Danse et magie
Ont duré toute la nuit.
Cendres sur l'abattis
Et l'avion est reparti.
Dans la cabane pour la nuit
Contre des perles et des fusils,
Femmes livrées sans un bruit,
Pluies sur l'abattis
Dans le village endormi,
Fièvres, maladies
Et l'avion est reparti.
Pleure et prie,
Arawak, Guarini
Guayara, Galibi
Pour les indiens
Du fond de leur sinistre nuit.
C'est comme un bout
De paradis
Qui tient debout.
Pleure et prie,
Arawak, Guarini,
Guayara, Galibi,
Pour les indiens d'Amazonie...

 
     



Ton âme heureuse          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1978
            
 
Parle-moi de ton âme heureuse,
De ta vie aventureuse.
Parle-moi de ton âme heureuse,
De ton front, de tes joues creuses.

Parle-moi de ton âme heureuse,
De ces femmes merveilleuses
Qui t'ont suivi, bienheureuses
Sur les eaux tumultueuses.

Parle-moi de ta vie ce soir.
As-tu quelqu' enfant quelque part ?
Parle-moi de ton âme noire,
De la sinistre mémoire
De ta vie aventureuse.

Souviens-toi de la mer immense
Et du sable de ton enfance.
Qu'as-tu fait de ton innocence
Dans ta vie vide de sens ?

Souviens-toi de la mer immense
Et du sable de ton enfance.
Souviens-toi de la mer immense
Et du sable de ton enfance.

 
     



Toujours ensemble          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1982
            
 
On se parlera toujours ensemble.
On se comprendra toujours ensemble.
Toutes les journées se ressemblent.
On s'ennuiera toujours ensemble.
On sera tristes toujours ensemble.
On sera gais toujours ensemble.
Si le ciel a la voix qui tremble,
On restera quand même ensemble.
Si le ciel a la voix qui tremble,
On s'endormira quand même ensemble.
On s'envolera vers les nuages.
On pourra briser les barreaux,
Les barreaux, les barreaux
De la cage.
On pourra briser les barreaux,
Les barreaux, les barreaux.

On s'envolera vers les nuages.
On n'emmènera pas de bagages.
Adieu la Terre, dernier voyage.
Dans l'azur, le grand virage.
On s'envolera toujours ensemble.
On quittera les marches du temple.
Si le ciel a la voix qui tremble,
On s'endormira quand même ensemble.
Si le ciel a la voix qui tremble,
On restera quand même ensemble.
On s'envolera vers les nuages.
On pourra briser les barreaux,
Les barreaux, les barreaux
De la cage.
On pourra briser les barreaux,
Les barreaux, les barreaux.

On s'envolera vers les nuages.
On pourra briser les barreaux,
Les barreaux, les barreaux
De la cage.
On pourra briser les barreaux,
Les barreaux, les barreaux.

 
     



Tu t'en vas          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1968
            
 
Tu lui dis que tu t'en vas,
Qu'il ne pourra plus jamais te revoir.
Il agite son mouchoir
Et toi tu tends le bras.

Tu sais que tu ne le reverras jamais,
Qu'il ne te dira plus qu'il t'aime
Et que dans cette chambre
Où vous avez passé
Tant de nuits enlacés
Dans le passé,

Personne ne se souviendra
Comme il te serrait dans ses bras,
Comme il avait besoin de toi,
Comme il avait besoin de toi.

Tu lui dis que tu t'en vas,
Qu'il ne pourra plus jamais te revoir.
Il agite son mouchoir
Et toi tu tends le bras.

Tu sais que tu ne le reverras jamais,
Qu'il ne te dira plus qu'il t'aime
Et que dans la pénombre
De vos nuits sans nombre
Où chacun retombe à chaque seconde,
Tu n'auras plus le droit
De t'endormir dans ses bras,
Non, de t'endormir dans ses bras,
De t'endormir dans ses bras.

Tu lui dis que tu t'en vas,
Qu'il ne pourra plus jamais te revoir.
Il agite son mouchoir
Et toi tu tends le bras.

Il agite son mouchoir
Et toi tu tends le bras...

 
     



Un homme une femme          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1978
            
 
Attends qu'il te tienne,
Que ses nuits soient les tiennes,
Qu'il te demande le pire,
Qu'il t'oblige à sourire,
Qu'il te retourne sans plaisir,
Qu'il n'ait plus de désir,
Qu'il te regarde et qu'il ait peur,
Qu'il te laisse un jour en pleurs,
Qu'il se détourne,
Un homme une femme,
Un homme une femme,
Un homme une femme,
Un homme une femme.

Attends qu'il t'attrape
Qu'il te pousse, qu'il te frappe
Qu'il te renvoie d'où tu viens
Par le premier train,
Le plus rapide et le plus loin,
Ta tête dans tes mains,
Qu'il te condamne à vivre encore
Avec sa marque sur le corps,
Qu'il t'abandonne,
Un homme une femme,
Un homme une femme,
Un homme une femme,
Un homme une femme.

Un homme une femme,
Un homme une femme,
Un homme une femme,
Un homme une femme.

Un homme une femme,
Un homme une femme,
Un homme une femme,
Un homme une femme,
Un homme une femme.

 
     



Un jour, être pauvre          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1984
            
 
Un jour, être pauvre,
Détaché de tout
Sans pleurer de rien,
Sans rire de tout,
Comme un enfant qui repose
Dans la vérité des choses.
S'écarter de tout, sortir,
Se tenir debout
Comme un enfant sort du ventre et hurle,
S'écarter de tout.

Un jour, être pauvre,
Détaché du reste,
De l'autre coté du mur.
Pas le moindre geste,
Pas la moindre trace de haine,
Pas la moindre trace de fêlure, trace de brûlure,
Le moindre sentiment d'oubli.
De l'autre coté du mur,
Pas la moindre trace de fêlure, trace de brûlure,
Le calme au fond du lac.

Un jour, être pauvre
Sur un quai désert,
Etre un bateau vide.
Tout le monde à terre.
Comme un enfant qui repose
Dans la vérité des choses,
S'éloigner de tout, apprendre
A tenir debout
Sur la mer immense et douce, apprendre,
A tenir debout.

 
     



Vies monotones          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1984
            
 
Nous avons des vies monotones,
Rien dans le cœur, rien dans la main.
Comme on ne dit plus rien à personne,
Personne ne nous dit plus rien.

Nous avons des vies monotones,
Des maisons vides et fermées,
Des portes lourdes et blindées
Que n'ouvriront plus jamais personne.

Mais comme il faut bien qu'on vive,
S'asseoir avec le même convive,
C'est pas le festin qu'on croyait,
Pas de fusée, pas de vin, pas de sorbet,
Y a plus qu'à tirer la nappe à soi,
Continuer chacun pour soi.

Nous avons des vies monotones,
Rien dans le cœur, rien dans la main,
Comme on n'attend rien de personne,
On n'a plus réponse à rien.

Nous avons des vies monotones,
Entourés d'hommes et de chiens,
Ceux qui mangent dans notre main,
Ce sont ceux-là qu'on abandonne

Mais comme il faut bien qu'on vive
Ce soir avec le même convive,
C'est pas la fête qu'on croyait
Où sont les lumières qui brillaient.
Y a plus qu'à tirer la nappe à soi,
Continuer chacun pour soi.

Nous avons des vies sans mélange
Qui s'en iront de tous côtés,
Raides et droites comme une planche
Sur l'océan de pauvreté.

 
     



Vivent les hommes          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1970
            
 
Si notre ciel est toujours gris
Et si notre ventre est rempli
De pourriture,
Ce n'est pas tant la nourriture
Qu'il en soit ainsi par l'exemple
Et tous les dieux de nos temples.

Sous leur crâne en poussière,
On dirait qu'ils sont fiers
De leurs idées.

Sur leurs chevaux rayés
Les canons enrayés
De la beauté,
Vivent les hommes.

N'oubliez pas non plus
Qu'on ne reconnaît plus
Ses amis.

Les rides entrecroisées,
Le visage froissé
De brebis,
Vivent les hommes.

Ils ont petits, grandis, démesurés.
N'essayez de les mesurer.

Ils ont des horizons plus hauts que des maisons
De dix étages et bien plus hauts que les nuages.

Ils ont des horizons plus hauts que des maisons
De dix étages et bien plus hauts que les nuages.

Le chagrin les domine
Comme un vieux puits de mine
Abandonné.

Les profonds souterrains
Qui leur creusent les reins,
Condamnés,
Vivent les hommes.

Chaque jour affairés
Le long des voies ferrées
De banlieue,

Les voilà qui s'installent
A table, les mains sales,
Au milieu.

Ils ont petits, grandis, démesurés
N'essayez de les mesurer.

{Ils ont des horizons plus hauts que des maisons
De dix étages et bien plus hauts que les nuages.}
{x2}

 
     



Y'a une route          
Paroles et Musique: Gérard Manset   1974
            
 
Y a une route.
Y a une route.
Tu la prends. Qu'est-ce que ça t'coûte ?
Y a une route.
Y a même un chien qui court,
La tête entre les mains.
Y a une route.
Tu sais, y a pendant des années
Des gens qu'ont vécu l'dos tourné
Sur une route abandonnée
Avec des marronniers sauvages
Qui jettent leurs fruits plein l'paysage.
Y a une route comme une blessure.
On verrait l'os de ton visage.

Y a une route.
Y a une route
Avec des champignons qui poussent
Et qui font la neige et la mousse.
Y a une route qui coupe la brousse.
Y a une route emplie d'oiseaux
Aux yeux malades
Qui regardent vers l'équateur
D'où vient la fumée qui fait peur,
D'où vient la fumée qui fait peur.

Y a une route.
Y a une route.
On marche dessus. Y a pas d'tapis
Y a des fleurs comme des anémones
Qu'attendent la pluie.
Y a une route.
Tous les dix ans, y a un marin
Qui jette l'ancre au café du coin,
Qui parle de voyage et plus loin,
Après la route, faut prendre le train.
Tu descends dans le p'tit matin
Avec ta valise à la main.
Y a tellement d'bruit q't'as plus d'oreilles
Pendant qu'la fumée mange le ciel.

Puis finalement tout est pareil parc'qu'
Y a une route.
Tu la longes ou tu la coupes.
Tu t'allonges et t'passe dessus
Ou tu t'lèves et on t'tire dessus.
Y a une route. C'est mieux que rien.
Sous tes semelles c'est dur et ça tient.